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CHAPITRE DEUXIEME

littoral. Les militaires venus de la retraite et delà réforme, au nombre de vingt-cinq mille, y fournirent aussi quelques bataillons. Le reste fut envoyé, partie dans les forteresses de la frontière de terre, partie à Marseille, à Toulouse, à Bordeaux et dans quelques autres villes d'opinion notoirement royaliste.

Les places fortes reçurent aussi des compagnies de vétérans et de douaniers.

Le service de l'artillerie y fut fait, concurremment avec les détachements d'artillerie de ligne dont nous avons parlé, par des compagnies d'anciens militaires, de garde nationale sédentaire et de canonniers de la marine.

Si l'on rapproche le nombre et la grandeur des places de la frontière de terre de l'effectif et de la valeur réelle de leurs garnisons, on reconnaîtra facilement que cet effectif était excessivement faible. Cela fût devenu évident, si elles eussent été appelées à jouer le rôle auquel elles sont destinées dans la défense des États.

Mais la catastrophe fut si rapide et si grande, qu'on ne l'a pas même remarqué.

Dans les patriotiques provinces de l'Est, quelques corps de partisans s'étaient formés. Quelques-uns d'entre eux allaient bientôt faire preuve d'audace.

Tel était, dans les premiers jours de juin 4815, l'état militaire de la France.

Napoléon avait égaré l'opinion publique dans de fausses espérances de paix ; il avait refroidi l'enthousiasme populaire par les équivoques, les perfidies de sa conduite politique, par son acte additionnel; il avait peuplé l'administration de fonctionnaires sans dévouement à la cause nationale, sans énergie, sans activité ; il avait perdu trois semaines en vaines hésitations, lorsque toute l'Europe courait aux armes ; il avait semé le découragement, l'inertie, il récoltait la faiblesse.

Il s'est plu, dans ses Mémoires, à comparer son activité de 1815 à l'activité de la Convention; et il n'a pas craint d'affir-

mer qu'il avait fait plus, qu'il avait fait mieux et plus rapidement que la grande assemblée. Ah ! si la Convention eût trouvé sous sa main, commeNapoléon, une armée de plus de deux cent mille hommes présents au drapeau; un fonds de quatre cent mille anciens soldats, sous-officiers, officiers de toutes armes où puiser pour renforcer ses légions, pour encadrer, commander ses volontaires, ses réquisitionnaires; des arsenaux pourvus, des fonderies, des poudreries montées pour suffire aux besoins des plus grandes armées ; des manufactures d'armes susceptibles du plus grand, du plus rapide développement; un corps d'aitillerie très-nombreux et très-instruit; un pays centralisé, ses armées, en trois mois, seraient entrées en campagne, non avec cent quatre-vingt mille hommes de troupes de ligne et cinquante mille gardes nationaux, mais avec six cent mille hommes. Elle dut tout improviser, personnel et matériel, généraux et soldats. Elle improvisa tout, au milieu des dissensions déchirant son sein, de la guerre étrangère éclatant à toutes les frontières, de la guerre civile enflammant la moitié de la France. Elle sauva la patrie. Elle en recula les bornes, et les enfonça si bien dans le sol, qu'il fallut quinze ans et les criminelles folies de l'Empire pour les en arracher.

La Convention eut plus de temps que Napoléon pour préparer la défense; cela est vrai. Elle n'eut pas à lutter contre des masses aussi énormes et aussi rapidement accumulées qu'en 1815 sur nos frontières; cela est encore vrai. Mais comparez toutes les circonstances, les moyens, le résultat; et jugez!

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