CHAPITRE DIX-HUITIEME
voir, Davoust avait, par le fait, préparé de son mieux les moyens de faire tomber Paris aux mains de l'ennemi.
Quoi qu'il en soit, il insista, par une nouvelle missive, auprès de Fouclié sur la nécessité de proclamer immédiatement Louis XVIII; mais Fouché ne trouvait aucune aide pour cela, et ne pouvait pas faire à lui seul cette proclamation.
Davoust, bien éclairé déjà sur les dispositions de l'armée, eu eut bientôt de nouvelles preuves et de plus décisives.
La cbambre des représentants, nous l'avons dit, avait voté une adresse à l'armée. Quelques généraux résolurent d'en prendre occasion pour manifester leur opinion; et l'un d'eux, le général Freissinet, rédigea une réponse brûlante de haine contre la dynastie des Bourbons. Colportée avec rapidité dans les bivacs au nord de Paris, cette réponse réunit promptement les signatures de la plupart des généraux. Davoust, lui-même, pour éviter les soupçons et conjurer un péril personnel, ne refusa pas d'y apposer la sienne.
Sa situation devenait critique, en effet ; dans la réunion qui venait d'avoir lieu à quelques pas de son quartier général, des accusations de trahison avaient été portées contre Fouché; et le général Dejean avait proposé d'aller avec deux bataillons arrêter aux Tuileries mêmes, et fusiller sur place le président du pouvoir exécutif. Cette proposition n'avait pas été accueillie, il est vrai, mais elle pouvait se traduire en fait au premier moment. En outre, des copies de l'écrit de Freissinet circulaient parmi les troupes et excitaient leur enthousiasme (1).
Devant de telles manifestations, un général qui aurait gardé au cœur quelque énergie, quelque patriotisme, n'aurait pas hésité à profiter de l'ardeur de son armée, lors même qu'il aurait persisté dans un chimérique espoir d'armistice. Il n'est rien de tel pour arrêter son ennemi que de lui montrer la ferme résolution de combattre. Mais Davoust allait se trouver à même
(I) Cet écrit ne disait pas un mot de Napoléon ni de sa famille.
de faire davantage : il allait avoir une victoire assurée devant lui.
Blûcher, vers une heure du matin, avait fait attaquer, par huit bataillons et huit escadrons, le village d'Aubervilliers, pendant qu'une autre colonne faisait une démonstration du côté de Bondy. Aubervilliers est situé sur la rive droite du canal de Saint-Denis, à une demi-lieue de cette ville, au pied de la ligne de nos retranchements. Défendu par un seul bataillon, il avait été emporté après une vive résistance. La faible troupe qui l'occupait, n'étant pas soutenue, s'était repliée en bon ordre dans les fortifications ; et l'action avait dégénéré en une fusillade insignifiante de plusieurs heures.
Cependant, la ferme contenance de nos soldats et une reconnaissance soigneusement faite de la ligne de nos retranchements avaient convaincu Bliicher que, même avec le secours des Anglo-Hollandais, il serait impossible de la forcer.
Ceux-ci étaient encore éloignés. Leur avant-garde ne devait pas dépasser Louvres dans la journée; et, Je soir, ils se trouveraient échelonnés de là à Pont-Sainte-Maxence, ayant même trois divisions formant plus du tiers de leur infanterie et toute leur artillerie de réserve, sur ce dernier point, à plus de dix lieues des Prussiens.
Ce fut dans une telle situation de leurs armées que Bliicher et Wellington, qui, dans l'après-midi, était venu conférer avec le général prussien, résolurent d'opérer au sud de Paris, avec une partie de leurs forces.
Grâce à la négligence de Napoléon, continuée par le pouvoir exécutif, par Davoust, Paris, sur la rive gauche de la Seine, était resté sans fortifications. Trois ou quatre redoutes à peine ébauchées, voilà tout ce qu'on avait fait, de ce côté, avant comme depuis Waterloo ; en ce moment même, on n'y comptait pas trois cents terrassiers.
Les généraux ennemis le savaient; Fouché ne le leur avait pas laissé ignorer ; et c'était là ce qui déterminait, maintenant, leur plan d'opérations.