CHAPITRE DIX-HUITIEME. io
Ce plan était de porter toute l'armée prussienne sur la rive gauche de la Seine, et d'investir avec elle Paris par les collines qui le dominent au midi; d'intercepter ses communications de ce côté encore, de l'alarmer pour ses approvisionnements, pendant que l'armée anglaise viendrait s'établir à la place des Prussiens devant nos retranchements du nord.
Impatient, on passa, sur-le-champ, du projet à l'exécution.
Vers cinq heures du soir, le corps de Thielmann, qui, dans la matinée, s'était porté de Dammartin à Gonesse, se dirigea, par Argenteuil, sur Saint-Germain, poussant en avant de lui la brigade de cavalerie de Sohr (4), pour appuyer en toute hâte une colonne volante qui avait surpris le pont sur la Seine au Pecq, au pied même de la hauteur sur laquelle est bâti Saint-Germain.
Le corps de Zieten suivit ce mouvement cinq heures plus tard, marchant sur Maisons, village situé en aval de cette ville et possédant un pont. Avec un peu de prévoyance, du côté des Français, ce pont aurait été détruit. Il n'était pas même gardé.
Pour dissimuler cette manœuvre, Zieten eut ordre de laisser ses avant-postes devant nos lignes; et Bùlow garda ses positions.
Le lendemain 1er juillet, vers six heures du matin, Biïlow mit en marche sur Saint-Germain, par Argenteuil, toute sa cavalerie, son artillerie de réserve avec une de ses divisions d'infanterie, et, plus tard, dans l'après-midi, au fur et à mesure de l'arrivée des premières divisions anglaises, le reste des troupes prussiennes.
Vers midi , l'armée de Blùcher était ainsi disposée : la brigade de cavalerie de Sohr arrivait sur Versailles, ayant à quelque distance en arrière la colonne volante qu'elle avait ralliée au Pecq; Zieten et Thielmann étaient établis sur Saint-
(I) Cette brigade était détachée du corps de Pirch I, laissé, comme on l'a vu, sur la Sambre.
Germain ; Biilow avait sa cavalerie et une division d'infanterie à Argenteuil, ses autres troupes dans la plaine Saint-Denis.
Wellington n'avait pas même fait faire une marche de nuit à ses colonnes; et c'était à peine si, en ce moment, quinze mille de ses soldats approchaient de nos lignes. Le tiers de son armée et son artillerie de réserve étaient encore hien en arrière de Louvres; le reste s'allongeait entre ce point et le Bourget.
Les deux armées ennemies, ainsi éparpillées sur une ligne de plus de quinze lieues, réduites, par les détachements laissés sur leurs lignes d'opérations et par les fatigues de la route, à moins de cent dix mille hommes, étaient à la merci de Davoust. Ce maréchal disposait, en effet, les situations officielles le prouvent (1 ), de soixante et onze mille hommes de toutes armes, armés, équipés, dont quinze mille de cavalerie, de six mille tirailleurs, car il en avait fait armer trois mille de plus que Napoléon, de la garde nationale de Paris, de mille hommes de la garde nationale active des départements. Le service de l'artillerie des retranchements était assuré par des canonniers de la ligne, de la marine, des Invalides, par des compagnies des écoles, aidées de pointeurs pris dans la ligne.
Davoust connut les mouvements de l'armée prussienne dans la matinée de très-bonne heure, peut-être la veille. S'il fût sorti des retranchements, vers sept ou huit heures du matin, même à dix, avec cinquante mille hommes, il pouvait donc culbuter, détruire Biilow, qui n'en avait plus vingt mille, et, marchant ensuite à la rencontre de l'armée anglaise fractionnée en colonnes de marche, lui faire subir un échec des plus signalés, la rejeter au delà de l'Oise.
Les corps de Zieten et de Thielmann, aventurés à Saint- Germain, coupés de leur ligne d'opérations, n'auraient pas ensuite échappé à un désastre.
(\) Archives du dépôt de la guerre. Voir note E pour le détail.