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CHAPITRE DIX-HUITIEME

Bliïcher, malgré sa fougue juvénile, Wellington, si sagement mesuré, avaient certainement prévu le sort auquel ils s'exposaient en opérant comme ils le firent. Aussi avaient-ils compté, a-t-on dit, et tout le démontre, sur l'inertie de l'armée française, que Fouché leur garantissait.

Davoust, si docile sous la main du traître, ne le fit pas manquer à sa promesse.

La nouvelle du mouvement des Prussiens sur la rive gauche de la Seine s'était répandue parmi les troupes campées dans les retranchements; généraux, officiers et soldats attendaient avec impatience, réclamaient à grands cris l'ordre de sortir des lignes; Vandamme faisait dire que des colonnes prussiennes étaient à Saint-Germain. Davoust, résolu à laisser liberté de manœuvre à l'ennemi, trompa toutes ces ardeurs en faisant exécuter une faible attaque contre Aubervilliers, et des démonstrations sans plus déportée sur d'autres points; il écrivit à Vandamme, qui réunissait sous son commandement toutes les troupes de la rive gauche, de lancer Excelmans vers Saint-Germain, par Versailles, et de le soutenir avec les 5e et 4e corps d'infanterie; il ordonna au corps de d'Erlon, à la garde, de se tenir prêts à marcher, au premier moment, pour appuyer cette opération, en allant passer la Seine au pont de Neuilly; il annonça qu'il préparait tout pour une grande bataille ; puis, avant dix heures, il partit pour Paris.

11 y était appelé par Fouché, qui avait besoin de sa présence à une sorte de conseil de guerre qu'il avait convoqué, pour cet instant de la journée, aux Tuileries.

Quand on ne veut pas se battre, on réunit un conseil de guerre : c'est une règle générale ; et l'on est presque sûr d'y trouver une majorité pour les déterminations les moins généreuses, les plus faibles. Fouché connaissait la règle et l'appliquait, se croyant bien certain, d'ailleurs, du résultat de la délibération, par la composition même de son conseil.

Il l'avait formé des membres du pouvoir exécutif, des mi-

nistres, des présidents, vice-présidents et secrétaires des deux chambres, des maréchaux Masséna, Soult, Lefebvre et Grouchy, des généraux Gazan, Évain et Mouton-Duvernet.

Davoust ouvrit la discussion par un exposé rapide de l'état des forces concentrées sur Paris, de leurs positions, des mouvements des armées ennemies; et il en conclut imperturbablement que la résistance était impossible.

Carnot, qui venait de visiter les deux rives de la Seine avec le général Grenier, résuma l'avis de celui-ci et le sien : « Les travaux de campagne exécutés sur la rive droite étaient su (lisants pour mettre Paris, de ce côté, à l'abri de toute insulte; mais, sur la rive gauche, tout était à découvert, le champ restait libre aux entreprises de l'ennemi. Les Prussiens avaient réussi à porter la masse de leurs forces de ce côté, et paraissaient disposés à attaquer. Sans doute, il serait facile de les repousser, mais ils pourraient, ou revenir à la charge après avoir fait leur jonction avec l'armée anglaise, ou se retrancher sur la ligne de hauteurs qui s'étend, à gauche, de Sèvres vers Meudon, à droite, vers Saint-CIoud ; et, dans cette position, ils donneraient aux autres armées de la coalition le temps d'arriver, de compléter l'investissement de Paris, de le réduire par défaut de subsistances, de couper toute retraite à nos troupes, et de les forcera se rendre à discrétion. »

Paris était découvert au sud, grâce à l'incurie de Napoléon, continuée par le pouvoir exécutif, dont Carnot faisait partie; les Prussiens avaient franchi la Seine, parce que ce même pouvoir n'avait pas eu la vulgaire précaution d'en faire détruire ou garder les ponts. Tout cela était vrai, mais cela seul était vrai. Il n'y avait pas à craindre la jonction des armées prussienne et anglaise ; car, en ce moment même, il ne fallait qu'une détermination un peu vigoureuse pour détruire la plus grande partie de l'une, et battre, repousser l'autre au delà de l'Oise. Mais, dans le cas où ne se ferait pas celle manœuvre, que le bon sens du derniersoldat indiquait, il était encore inadmissible

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