‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 25 sur 261 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

t Plan de campagne de Napoléon.

Murât, battu par les Autrichiens, moqué par les Italiens, déserté par ses sujets d'un jour, venait d'aborder, fugitif, aux côtes de Provence. Dans le monde entier, la France n'avait plus un allié; toute l'Europe lui était ennemie et marchait contre elle.

Fallait-il attendre l'agression? fallait-il la prévenir, attaquer avant que tous les contingents de la coalition fussent venus prendre les positions qui leur étaient assignées aux abords de nos frontières?

L'alternative avait été discutée dans plusieurs conseils tenus aux Tuileries; et l'on avait reconnu que les plans de campagne possibles se réduisaient à deux.

Le premier était de rester sur la défensive, de laisser les coalisés prendre tout l'odieux de l'agression, s'engager à travers nos lignes de places fortes, s'avancer dans le rayon de Paris et de Lyon; et, de commencer alors contre eux une guerre vigoureuse, sur ces deux bases.

En supposant, comme on pouvait le prévoir, comme cela devait être, en effet, qu'ils franchiraient nos frontières le 1er juillet, que leurs armées régleraient leur marche les unes sur les autres, ils n'arriveraient dans le rayon de Paris que vers les derniers jours du même mois.

A cette époque, Paris pourrait être complètement entouré de fortifications armées, palissadées. Les approvisionnements des places fortes seraient terminés. On aurait achevé la levée des 417 bataillons de gardes nationales actives; on les aurait pourvus d'armes, d'équipements; on en aurait habillé la majeure partie; ils augmenteraient les garnisons des forteresses et les divisions attachées au corps d'observation. Les conscrits de 1815 seraient arrivés dans les dépôts; les achats de chevaux auraient produit d'importants résultats. Les dépôts eux-mêmes auraient envoyé des renforts aux troupes en lignç.

On aurait replié sur Paris les six premiers corps d'infanterie et les quatre corps de cavalerie de réserve ainsi renforcés; et, joints à la garde impériale, ils donneraient une force mobile de cent soixante mille hommes ou plus qui manœuvreraient sur les deux rives de la Seine et de la Marne sous la protection du vaste camp retranché de Paris, où l'on aurait réuni tous les dépôts de ces corps. Ces dépôts, les compagnies de canonniers volontaires, les tirailleurs de la garde nationale (si on se décidait à les armer), des bataillons de garde nationale active qu'on aurait appelés, porteraient à plus de 100,000 hommes la force non mobile destinée à la défense de la capitale de la France.

On pouvait calculer que les armées qui, au 1er juillet, passeraient la frontière pour marcher sur Paris seraient de près de six cent cinquante mille hommes. Elles seraient obligées d'en laisser cent cinquante mille pour masquer plusieurs de nos places et protéger leurs lignes d'opérations. Elles arriveraient donc avec près de cinq cent mille hommes devant Napoléon, réduit à une force mobile de cent soixante mille.

La lutte serait bien inégale.

Mais, l'année précédente, il en avait soutenu une qui, toute proportion gardée, l'était davantage ; et peu s'en était fallu qu'il n'eût rencontré le succès, un succès du moins permettant une paix honorable.

Page 1