CHAPITRE PREMIER. S
la menace et l'insulte non-seulement à Napoléon, mais encore à la France, hélas!
C'étaient les exactions de Berlin et de Hambourg, les réquisitions excessives et sans fin, les contingents dévorés par la guerre; c'était la grande iniquité du blocus continental imposé, maintenu par Napoléon à l'étranger et enfreint par luimême, à son profit, sur les côtes de l'empire; c'étaient Rome, la Hollande, l'Oldenbourg, les villes hanséatiques, etc., incorporés à la France, en pleine paix, au mépris des traités; c'étaient la violation des neutralités, l'assassinat de Vincennes, le guetapensdeBayonne, l'invasion de l'Espagne, les peuples donnés en apanage aux frères, aux sœurs, aux lieutenants de Napoléon; c'étaient aussi les maux inséparables de toute guerre qu'on invoquait pour soulever les nations contre celui qui avait voulu, qui voulait encore la monarchie de l'Europe, et contre le peuple français son complice, disait-on.
Cette solidarité n'avait jamais existé.
Napoléon avait réduit, par des lois terribles, ce peuple, comme bien d'autres, à lui servir d'instrument de conquête; mais il ne lui avait jamais demandé, il n'aurait osé lui demander un assentiment à des guerres insensées, à des violences criminelles. Aussi avait-il supprimé toute tribune, toute liberté, toute représentation sérieuse de la nation. Il avait régné en despote, sans contrôle, sans frein.
Mais l'amour de la patrie, mais la haine, quand le péril apparaît imminent, ne raisonnent pas, ne font pas de pareilles distinctions. La France était confondue avec Napoléon dans le même analhème.
Une fois encore, elle devait apprendre à quel prix se soldent ces faiblesses qui livrent un peuple au caprice et à la fortune d'un maître.
Elle était mise au ban de l'Europe.
Dans la libre Angleterre, des écrivains, des orateurs plus réfléchis, plus impartiaux, essayèrent, en vain, de détourner
sur Napoléon seul la responsabilité des maux passés, et conseillèrent, avant d'en venir aux armes, d'attendre, de voir si le malheur ne l'aurait pas corrigé de sa passion pour les conquêtes, si la France ne le contiendrait pas en lui mesurant sévèrement le pouvoir. Leurs voix restèrent inécoutées dans leur propre pays et ne furent pas entendues au milieu du tumulte patriotique de l'Allemagne.
Napoléon avait tellement identifié son règne avec la guerre, la conquête, la tyrannie, que peuples et rois n'en concevaient pas la reprise sans le retour plus ou moins prochain de tous ces fléaux. Ils s'empressaient à l'attaque pour briser leur ennemi avant qu'il fût armé de toutes pièces.
Dans les premiers jours de juin 1815, l'acte de la confédération allemande, les promesses d'un gouvernement libre, représentatif, distinct pour chaque État, vinrent fournir une nouvelle et puissante excitation à l'enthousiasme des masses.
A cette époque, les forces de l'Europe coalisée se dénombraient et se répartissaient ainsi :
En Belgique, cent mille Anglais, Hollando-Belges, Hanovriens, Brunswickois, Nassau, sous les ordres du feld-maréchal duc de Wellington ; cent vingt mille Prussiens commandés par le feld-maréchal prince Blucher;
Dans le grand-duché de Luxembourg, vingt-cinq mille Allemands des petits États du nord de la confédération germanique, sous le lieutenant général Kleist;
En marche sur Mayence, Oppenheim et Mannheim, cent soixante et dix mille Russes, sous le maréchal Barclay de Tolly ;
Sur le Rhin, de Schaffhouse à Mannheim, deux cent cinquante-cinq mille Autrichiens, Bavarois, Wurtembergeois, Badois, Saxons et soldats de divers petits États de la conféfédération germanique, sous le feld-maréchal prince de Schwarlzenberg;
Sur la frontière suisse, trente-cinq mille hommes levés par les cantons pour maintenir leur neutralité, mais seulement