CHAPITRE CINQUIEME
Wellington , avec une petite armée, avait fait de grandes choses ; et cette armée était son ouvrage (1), 11 devait rester et il restera une des grandes figures militaires de ce siècle.
Né en 1769, il avait quarante-six ans, l'âge de Napoléon.
A la fin de \ 806, après la déroute de l'armée et de la monarchie prussienne, Blùcher, prisonnier de guerre à Hambourg, montrait une foi inébranlable dans la chute de Napoléon. Il prédisait la venue prochaine d'un temps où l'Europe se lèverait contre lui, fatiguée, exaspérée de ses exigences et de ses déprédations.
Peu après son arrivée en Espagne, et pendant toute la guerre, Wellington n'avait pas été moins absolu dans cette croyance : on la trouve nettement exprimée, à diverses dates, dans ses dépêches officielles, même en 1810, après Wagram et le mariage autrichien. Quand toute l'Europe, moins l'Angleterre et la Péninsule^ semblait à jamais asservie à Napoléon, Wellington rassurait les ministres de la Grande-Bretagne, effrayés, presque lassés de la lutte, et leur faisait toucher du doigt les causes qui devaient infailliblement amener la ruine de la monarchie impériale.
L'année 1814 avait donné raison au général prussien et au général anglais dans leurs prévisions si anticipées. La résurrection prodigieuse de l'Empire était bien loin d'avoir ébranlé leur croyance ; ils ne doutaient pas de sa fin prochaine.
Dans son langage soldatesque, Blùcher promettait à ses Germains de les mener bientôt boire encore les vins de France; et Wellington, dès le 12 mars, écrivait de Vienne, au ministre Castlereagh : « Je n'ai pas le moindre doute que, si Bonaparte
(1) Pour savoir ce qu'était l'armée anglaise quand Wellington en prit le commandement et encore plus tard, il faut lire les dépêches et les rapports officiels, où il en fait le tableau véridique.
Si WATERLOO.
renverse le roi de France, il tombera sous les efforts cordialement unis des souverains de l'Europe (1). »
Les rois coalisés ne pouvaient placer en de meilleures mains le commandement des deux armées qui devaient supporter le premier choc de Napoléon.
(i) The di$patches, etc., t. XII.