CHAPITRE SIXIÈME
Belgique assez tôt pour revenir opposer une digue à cette formidable invasion.
Ainsi, promptes, grandes, foudroyantes victoires contre les armées anglo-hollandaise et prussienne, telle était la première, l'absolue nécessité de la guerre dans le plan adopté par Napoléon.
Si ces armées combattaient réunies, il n'avait guère de succès, surtout de succès rapides à espérer; et il était certain de ne pouvoir leur infliger de ces défaites qui réduisent le vaincu à une longue impuissance.
Cette considération avait déterminé le choix de sa ligne d'opérations.
A proprement parler, il avait eu à choisir entre quatre lignes : de Lille ou de Valenciennes, sur la droite ou le centre de Wellington ; de Givet sur la gauche de Blùcher ; d'Avesnes, sur la direction où les deux généraux se trouvaient en contact.
En se portant contre la droite du premier ou la gauche du second, il aurait pressé l'un sur l'autre; laissé leurs armées reliées ensemble et en aurait, en quelque sorte, hâté la concentration commune.
En se portant contre le centre de Wellington, il aurait eu plus de difficultés, plus de dangers à rencontrer, sans beaucoup d'espérance d'un résultat bien différent.
En débouchant d'Avesnes sur l'extrémité de l'aile gauche anglo-hollandaise et de l'aile droite prussienne, difficultés et dangers pouvaient être considérables aussi, comme généralement dans toute attaque centrale. Mais Napoléon avait pensé qu'il les trouverait moindres que dans tout autre plan d'opérations.
Attribuant à Wellington circonspection et lenteur, reconnaissant à Blucher audace et activité, il avait calculé que celui-ci viendrait s'opposer à l'armée française avant même d'avoir pu réunir toutes ses forces, tandis que Wellington hésiterait à secourir son allié avant d'avoir concentré la plus grande partie des siennes.
Ce calcul était bien hasardé. Mais Napoléon comptait en outre beaucoup sur les conséquences d'un fait qu'il connaissait bien: la divergence des lignes d'opérations de ses deux adversaires.
Puisque Blùcher se basait sur Cologne et le Rhin, Wellington sur Anvers et la mer du Nord, il devait en résulter, dans tous les cas, de l'incertitude, du trouble pour la combinaison de leurs mouvements; et, dans le cas spécial d'une attaque sur le milieu même de leur front, plus d'incertitude, plus de trouble encore; le général français le croyait, et il voyait, là une grande chance de succès immédiat, la possibilité de se placer tout de suite entre les armées ennemies, en rejetant l'une dans la vallée de la Meuse, l'autre sur l'Escaut.
Tels étaient les motifs qui l'avaient décidé à déboucher d'Avesnes sur leur ligne de contact.
Cette ligne était, à peu près, la grande chaussée de Bruxelles à Charleroi. Il fallait donc s'avancer brusquement, avec une extrême rapidité, dans cette direction, y précipiter les masses françaises, sans donner à Wellington et à Blùcher le temps de concentrer leurs divisions éparpillées, on l'a vu, sur de vastes espaces.
Une chaussée qui conduit de Namur à Nivelles, court parallèlement à la frontière française, en est éloignée d'une distance moyenne de douze à quatorze lieues, et coupe perpendiculairement la chaussée de Bruxelles à Charleroi.
Elle était la grande communication transversale des cantonnements anglo-hollandais et prussiens, dont l'espionnage avait suffisamment indiqué la disposition générale.
Si l'on parvenait à s'en saisir promptement, les deux armées ennemies se trouveraient séparées ou, tout au moins, excessivement gênées, pour se réunir l'une à l'autre. Il était donc d'une importance capitale de l'atteindre tout d'abord. Une marche forcée pouvait y suffire.
Cette marche, Napoléon l'avait résolue. Elle était le but de la première journée de la campagne.