‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 46 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Le soir du 44 juin, l'armée, nous l'avons dit, campait sur trois directions et en autant de colonnes.

Ces directions convergeaient vers Charleroi, ville située sur la Sambre.

La colonne de gauche était formée par les corps de Reille et de d'Erlon ; celle du centre par les corps de Vandamme, de Lobau, la garde impériale et les réserves de cavalerie; celle de droite par le corps de Gérard et une division appartenant à ces réserves.

Les bivacs retentissaient encore des acclamations des soldats surexcités par l'allocution de Napoléon, quand des officiers' partirent du quartier général. Us allaient communiquer aux chefs des corps d'armée l'ordre de mouvement pour la journée du lendemain.

A gauche, Reille (2e corps), bivaqué sur la rive droite de la Sambre. à Leers, devait se mettre en marche à trois heures du matin, descendre le cours de cette rivière en s'emparant de la petite ville de Thuin, du hameau d'Aine, où se trouvent des ponts, et arriver vers neuf heures à Marchienne, autre petite ville, bâtie sur la Sambre, à une demi-lieue au-dessus de Charleroi.

De Leers à Marchienne, la distance n'est que de cinq lieues environ (1); mais il n'y avait pas alors de chaussée pour la parcourir.

D'Erlon (1er corps), bivaqué à près de deux lieues en arrière de Leers, à Solre-sur-Sambre, devait suivre la même route, en partant à la même heure que Reille ; serrer sur lui le plus tôt possible; relever par une division les troupes qu'il aurait laissées à Thuin et au hameau d'Aine et faire construire une tête de pont sur chacun de ces points.

Au centre, Pajol (1er corps de cavalerie) devait se porter

(1) Ici, comme dans tout le cours de notre récit, nous comptons par lieue de quatre kilomètres.

sur Charleroi, à deux heures et demie du matin, précédé de la division de cavalerie de Vandamme (3e corps), placée momentanément sous son commandement.

Vandamme, lui-même, devait appuyer ce mouvement dès trois heures, et être suivi, à quatre, par Lobau (6e corps); à cinq, parla jeune garde; à cinq et demie, par les chasseurs; à six, par les grenadiers à pied de la vieille garde.

Le maréchal Grouchy, avec le 2e corps de cavalerie, devait monter à cheval à cinq heures et demie et tenir le flanc droit de cette longue colonne. Les 5e et 4e corps de la même arme devaient marcher sur sa trace, chacun à une heure d'intervalle.

De leurs bivacs en avant de Beaumont à Charleroi, les troupes du centre avaient sept lieues à parcourir sur des chemins de traverse, dans un pays très-accidenté.

A droite, Gérard (4e corps) devait se diriger aussi sur Charleroi, mais seulement quand toutes ses troupes seraient réunies. De Philippeville à Charleroi, il y a sept lieues.

Dans cet ordre général de mouvement, l'empereur annonçait que « son intention était d'avoir passé la Sambre avant midi, et de porter l'armée à la rive gauche de cette rivière. »

Nous avons dit les précautions qu'il avait prises pour cacher à l'ennemi la marche des corps cantonnés sur la frontière, de Metz à Valenciennes, et la présence de l'armée entre Sambre et Meuse. Dans la nuit, des espions revenant de Namur et de Bruxelles, quartiers généraux de Bliïcher et de Wellington, lui apprirent qu'ils y avaient laissé tout fort tranquille. Mais que s'y était-il passé, depuis leur départ ? De Namur à Beaumont, il y a plus de quinze lieues ; de Bruxelles, il y en a plus de vingt.

Leur rapport donnait, cependant, à peu près la certitude que, vers le milieu de la journée, les généraux ennemis avaient ignoré encore les mouvements qui s'opéraient sur la frontière. La nuit se passa sans autre incident.

Avant le point du jour, la diane retentissait dans les bivacs, joyeux et impatients de la lutte.

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