‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 47 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

La colonne formant la gauche de l'armée s'ébranla, suivant l'ordre, à trois heures du matin, le corps de Reille en tête.

Reille, presque au sortir de ses bivacs, donna sur les avantpostes prussiens. Ils étaient sous les armes. Il les replia ; et, à quatre heures, son canon était en batterie contre Thuin, défendu par un bataillon de landwehr.

La campagne de Belgique était commencée.

Après une courte résistance, l'infanterie prussienne fut chassée de Thuin. Malgré une poursuite très-vive, elle essaya de tenir à Montigny-le-Tilleul; elle en fut chassée aussi. Appuyée, alors, par deux escadrons, elle fit encore face en arrière ; mais dragons et fantassins, abordés par notre cavalerie, furent rompus, culbutés; ils laissèrent deux cents prisonniers, une centaine de tués et de blessés et se retirèrent àgrand'peine sur Marchienne. Un bataillon l'occupait avec deux pièces d'artillerie.

Marchienne est bâti sur les deux rives de la Sambre. En 1815, il n'y existait qu'un seul pont fort étroit, aboutissant des deux côtés à des rues presque aussi étroites.

Par un singulier excès d'imprévoyance, qu'on allait retrouver à d'autres passages de la même rivière, aucune disposition n'avait été prise pour faire sauter ce pont. Les Prussiens se hâtèrent de le barricader. Mais, après s'être canonnés et fusillés quelque temps avec l'avant-garde de Reille, ils évacuèrent la ville et battirent en retraite sur Gilly, parDamprémy, sans être inquiétés. Il était dix heures.

Le pont déblayé, Reille y fit défiler le 2e corps, ce qui fut assez long, le massa un peu au delà et le porta ensuite sur les hauteurs, à une lieue en avant de Marchienne, dans la direction de Jumet, l'étendant jusqu'à la chaussée de Charleroi à Bruxelles.

Cette position occupée, il attendit de nouvelles instructions.

Il exécutait ainsi un ordre de Napoléon, daté de huit heures et demie du matin.

Une dépêche expédiée un peu plus tard prescrivit à d'Erlon de passer la Sambre à Aine ou bien à Marchienne, de s'avancer jusqu'à la route de Charleroi à Mons et de se former sur plusieurs lignes, de manière à se rapprocher de Reille. Cette route longe Marchienne. Mais d'Erlon n'était pas encore près d'atteindre la Sambre.

Au centre de l'armée, Pajol, formant tête de colonne avec le 1er corps de cavalerie et la division Domon (cavalerie de Vandamme) monta à cheval à l'heure indiquée et marcha sur Charleroi. Près de Ham-sur-Heure, il rencontra un demibataillon prussien tenant la ligne des avant-postes, le sabra, lui fit deux cents prisonniers, et, vers huit heures, arriva à Marcinelle.

Ce village, séparédu pont de Charleroi par une digue longue de deux cents mètres, étroite et bordée de haies, venait d'être abandonné par les Prussiens. Le pont était fermé par une palissade et barricadé en arrière. Pajol fit essayer d'un hourra sur la digue par sa brigade d'avant-garde. La tentative échoua sous le feu des tirailleurs ennemis embusqués derrière les haies.

Il fallait de l'infanterie pour aller plus loin. Pajol se croyait suivi, à peu de distance, par celle du 3e corps. Il n'en était rien.

L'incurie de l'état-major avait été cause que Vandamme n'avait pas eu connaissance opportune de l'ordre général de mouvement donné la veille. A six heures du matin, ses trois divisions d'infanterie s'étaient trouvées dans leurs bivacs. Elles ne les avaient quittés qu'à sept.

Les premiers bataillons qui vinrent appuyer Pajol furent ceux de la jeune garde.

Napoléon, tardivement prévenu de l'inaction du 3" corps, leur avait fait suivre une traverse à gauche de celle que devait prendre celui-ci ; et, un peu avant midi, ils arrivèrent devant Charleroi.

Leur approche détermina la retraite des Prussiens; les

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