‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 48 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

sapeurs et marins de la garde se jetèrent sur la palissade du pont, la hache à la main, la détruisirent, ainsi que la barricade en arrière, et ouvrirent le passage. Pajol traversa Charleroi (1), immédiatement suivi par la jeune garde.

De cette ville à Bruxelles, il y a treize lieues. Une chaussée y conduit et passe par Gosselies,Frasnes, les Quatre-Bras, Genappe et Waterloo. Tout près de Charleroi, une autre chaussée s'embranche sur celle-ci et se dirige par Gilly et Fleurus sur Namur.

Sa longueur est de dix lieues.

En sortant de Charleroi, Pajol détacha le général Clary avec un régiment de hussards, sur la route de Bruxelles pour éclairer sa gauche, pour se relier à Reille, qui passait alors, on l'a vu, la Sambre à Marchienne, à une demi-lieue en amont de Charleroi ; et, avec le reste de ses troupes, il s'avança sur la route de Namur. Mais il s'y avança peu.

Il avait devant lui la garnison de Charleroi, un bataillon, qui avait fait retraite en bon ordre et reçu le secours de plusieurs bataillons, d'un régiment de cavalerie et d'une batterie.

II s'arrêta en face de ces forces, un peu en deçà de Gilly, village à une lieue de Charleroi, et se borna à escarmoucher.

Napoléon, venu sur le terrain, fit passer Lefebvre Desnouettes, avec les chasseurs et lanciers de la garde et deux batteries, sur la chaussée de Bruxelles pour appuyer Clary; et il donna l'ordre à Duhesme, commandant la division de jeune garde, de porter, dès qu'ils auraient débouché de Charleroi, trois de ses régiments en soutien de Pajol et le quatrième en réserve de Lefebvre Desnouettes, à mi-chemin de Gosselies. De Charleroi à ce village, il y a un peu moins de deux lieues.

La droite de l'armée avait marché plus lentement que le centre et la gauche.

(1)« Le général Pajol entra à Charleroi à midi. » (Bulletin du ISjuin.)

Gérard (4e corps) avait dû attendre l'approche d'une de ses divisions restée, la veille, à trois ou quatre lieues en arrière de Philippeville; et il ne s'était mis en mouvement qu'à cinq heures.

Les colonnes venaient de s'ébranler; elles marchaient, ardentes, vers Charleroi, quand tout à coup le bruitse répandit que le général commandant la division d'avant -garde venait de déserter, passant en Belgique avec tout son étatmajor. L'odieuse nouvelle était vraie. Gérard, lui-même, en reçut la confirmation immédiate par une lettre que lui adressait le déserteur, le lieutenant général Bourmont.

Ancien chef de bandes royalistes dans l'Ouest, nommé, au mépris de la loi, officier supérieur sous le Consulat, avancé en grade depuis par son courage et ses talents, employé activement par le gouvernement royal, Bourmont avait adhéré, dès le 13 mars, à la cause de Napoléon. Maintenant, il faisait défection. « On ne me verra pas dans les rangs étrangers, écrivait-il à Gérard; ils n'auront de moi aucun renseignement capable de nuire à l'armée française... Mais je tâcherai d'aller défendre les proscrits français, de chasser loin de la patrie le système des confiscations, sans perdre de vue la conservation de l'indépendance nationale. » Triste excuse d'un acte inexcusable : d'un crime!

Bourmont avait pour complices son chef et son sous-chef d'état-major, le colonel Clouet, le chef d'escadron Villoutreys, ses deux aides de camp, Dandigné, de Trelan, et le capitaine Sourdat, autre officier attaché à son état-major (1).

(1) Tous les écrits de Sainte-Hélène disent que Bourmont a déserté le ii juin. C'est une inexactitude calculée qui a été répétée par la plupart des écrivains français.

L'état officiel des mutations de l'état-major du \e corps existe; et il porte la désertion de Bourmont et de ses complices au 15 juin. Du reste, la lettre que Bourmont adressa à Gérard pour lui annoncer sa désertion est datée de Florennes (près de Philippe?) Ile), le 15 juin.

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