CHAPITRE SIXIEME. 9S
Ainsi se trouvait déjà justifiée cette croyance du soldat à des trahisons qui n'attendaient pour éclater que l'heure favorable.
La division abandonnée par Bourmont était furieuse. Gérard se porta au galop dans ses rangs et parvint à lui rendre quelque calme, en assurant que cette abominable défection ne pouvait exercer, maintenant, aucune influence sur le résultat des opérations de l'armée.
D'après l'ordre général de mouvement, le 4° corps, on l'a vu, devait se diriger sur Charleroi. Mais, assez avant dans la matinée, une dépêche de Napoléon lui prescrivit d'appuyer à droite, et de gagner Cliâtelet, village situé au bord de la Sambre, à une lieue et demie au-dessous de Charleroi.
L'avant -garde de Gérard y arriva avant trois heures et trouva le pont intact, le village sans défenseurs. Deux bataillons prussiens qui l'avaient occupé jusque-là venaient de se retirer et battaient en retraite vers Fleurus.
Le gros du 4 e corps, attardé dans un terrain très-coupé, cheminant sur de mauvaises traverses, était encore bien éloigné.
Ainsi, de deux à trois heures, les trois colonnes formant l'armée étaient : celle de gauche, partie en deçà, partie au delà deMarchienne; celle du centre, partie en deçà, partie au delà de Charleroi ; celle de droite à Cliâtelet et en arrière.
Dans l'ordre de mouvement, Napoléon avait dit qu'il voulait avoir passé la Sambre avant midi. Il y avait donc bien du retard déjà.
Les troupes que l'armée avait rencontrées jusqu'alors appartenaient toutes à la division Pirch H, du corps de Zieten.
Nous l'avons dit antérieurement, Zieten étendait le front de ses cantonnements de Fontaine-l'Évêque à Moustier-sur- Sambre; et son point déconcentration était Fleurus.
Sa division de droite se reliait aux Anglo-Hollandais vers Binche et couvrait le pays entre ce point et la Sambre. Napoléon
ayant ordonné de n'envoyer, sur la rive gauche de la rivière, que des partis de cavalerie qui respecteraient la frontière, cette division n'avait pas été attaquée. Mais, dès que Steinmetz, qui la commandait, avait eu connaissance suffisante du mouvement des Français, il l'avait ralliée et mise en marche, la dirigeant, par Gosselies, sur Fleurus.
Pirch II, qui occupait Thuin, Marchienne, Charleroi, Châtelet, avait aussi ramené toutes ses troupes sur la direction de Fleurus.
La division Jagow, cantonnée autour de cette dernière ville, était massée tout auprès.
La divison Henkel s'y rendait.
Ainsi, avant que les colonnes françaises eussent débouché en force au delà de la Sambre, le corps de Zieien, que Napoléon avait cru surprendre, battre et détruire, se repliait en bon ordre sur son point de concentration et devait l'atteindre bientôt, s'il n'y était prévenu. L'y préviendrait-on? La question de ce moment de la journée était là.
A trois heures, les chasseurs et les grenadiers à pied de la garde, qui avaient suivi immédiatement la jeune garde sur Charleroi, étaient réunis à la sortie de cette ville; Vandamme n'avait pas achevé d'en déboucher.
Napoléon expédia à Reille l'ordre de « pousser jusqu'à Gosselies et d'y attaquer un corps ennemi qui paraissait s'y arrêter. »
Ce corps, dont la présence était signalée à l'empereur, était un des régiments d'infanterie de Jagow et un régiment de uhlans envoyés, dès le matin, à Gosselies, par Zieten, pour appuyer la retraite de la division Steinmet.
Reille s'avança par la traverse de Jumet, qui coupe le bois de Monceau; et sa division de cavalerie tourna ce bois à gauche. Son avant-garde arriva à temps pour recueillir les hussards du général Clary, qui étaient vivement ramenés par les uhlans.