CHAPITRE SIXIEME
Dans la matinée, elle avait été mise en éveil par le canon tiré sur la Sambre, et, bientôt après, prévenue de ce qui s'y passait par des paysans fuyant devant l'invasion française.
Sur ces premières nouvelles, le prince Bernhard avait réuni sa brigade aux Quatre-Bras, prévenant judicieusement ainsi un ordre qui ne devait lui arriver que plus tard (1). Elle y était déjà depuis quelque temps, quand il y avait appris, d'une manière certaine, l'entrée des Français à Charleroi; et toutes ses dispositions étaient prises au moment où les éclaireurs de Pire commencèrent à escarmoucher sur Frasnes.
Pire essaya, à plusieurs reprises, d'entamer le bataillon qui en occupait les abords. Il n'y réussit pas, et le vit bientôt se replier, protégé par le feu de son artillerie, sur des bataillons de réserve, postés sur la chaussée et dans un bois voisin.
Ney, survenant, ordonna à l'avant-garde de Bacbelu de presser le pas, et examina la position de l'ennemi, qui faisait ferme contenance.
La journée tirait à sa fin. Une assez forte canonnade qui avait commencé, vers cinq beures, sur la cbaussée de Charleroi à Fleurus, retentissait maintenant dans la même direction, à près de trois lieues en arrière et à droite de Frasnes. La division Bacbelu n'était pas encore tout entière arrivée à ce village. Les troupes étaient sur pied depuis deux heures et demie du matin; hommes et chevaux étaient fatigués. Napoléon n'avait pas donné l'ordre d'occuper les Quatre-Bras ; Ney n'aurait pu, d'ailleurs, porter une attaque sérieuse sur ce point qu'aux approches de la nuit; il n'avait aucun renseignement sur les forces qui s'y trouvaient; il jugea, avec toute raison, qu'il devait s'arrêter.
(1) Cel ordre fut expédié à trois heures après midi, de Braine-le-Comte, au général Perponcher à Nivelles. Il porte la signature du chef d'élal-major du prince d'Orange, le général Constant de Rebecque (Archives dit ministère de le guerre, à lu Haye).
Il replia la division Pire sur Frasnes, et plaça derrière elle les lanciers et chasseurs de Lefebvre Desnouettes avec la division Bachelu.
Vers dix heures, il repartit pour Gosselies, où fut son quartier général, et, de là, courut à Charleroi, pour y rendre compte de ses opérations et demander à l'empereur des instructions nouvelles.
L'aile gauche de l'arme^ se trouvait, alors, ainsi disposée : le corps de d'Erlon échelonné de Marchienne à Jumet; deux divisions de Reille sur Gosselies; la division Girard à Wangenies près de Fleurus; les divisions Bachelu, Lefebvre Desnouettes et Pire sur Frasnes.
L'avant-garde de ce côté était donc à plus de quatre lieues en avant de Charleroi.
Au centre de l'armée, où se trouvait Napoléon, où il aurait été si important de gagner beaucoup de terrain, on n'alla pas si loin.
Vandamme, parti tard de son bivac par le motif que nous avons dit, arriva tard aussi à Charleroi. Il était près de quatre heures quand son corps eut achevé d'en déboucher.
Il reçut, alors, l'ordre de le porter et le porta immédiatement sur Gilly.
Pajol, on l'a vu, s'était avancé et avait dû s'arrêter aux approches de ce village, où les Prussiens se trouvaient en force. Excelmans, avec ses dragons, était sur le point de le rejoindre, quand le maréchal Grouchy, commandant les quatre corps de réserve de cavalerie, arriva de sa personne sur la position. Il vit qu'il fallait de l'infanterie pour attaquer et alla en demander à Napoléon. Il le trouva donnant ses instructions au maréchal Ney (I).
Napoléon quitta aussitôt ce dernier et galopa avec Grouchy
(I) Observations sur la Relation de la campagne </r 1815, publiée par le général Gourgaud, etc., par le comte de Grouchy ^Philadelphie, 1819).