CHAPITRE SIXIEME
vers Gilly. Quand il y parut, le corps de Vandarame était venu se serrer en arrière de Pajol et d'Excelmans.
Zieten avait fait occuper par la division Pirch II les hauteurs qui dominent immédiatement en arrière le ruisseau de Gilly.
Pirch II avait là sept bataillons, un régiment de dragons, huit bouches à feu. Sa ligne de bataille était sur la direction de l'abbaye de Soleilmont à Châtelineau, coupant la chaussée de Fleurus et à cheval sur le chemin qui conduit à cette ville par Lambusart.
Il avait quatre bataillons en première ligne, trois en réserve.
Le bataillon de droite, couvert par l'abbaye de Soleilmont, s'appuyait aux bois de Lobbes et de Ransart; le second, sur l'alignement de celui-ci, occupait un bouquet de bois près du chemin de Lambusart; le troisième était à gauche de ce bois; le quatrième soutenait l'artillerie qui battait le débouché de Gilly par la chaussée de Fleurus et la pente des hauteurs.
Les bataillons de réserve étaient sur le chemin de Lambusart à l'entrée des bois de Trichehève et de Ronchamp.
Les dragons observaient, à l'extrême gauche, le défilé contigu à la position et aboutissant à Châtelet, qui était tenu par l'avant-garde de Gérard.
Pirch II avait mis à profit le temps qu'on lui avait laissé à profusion : il avait obstrué par des abatis la chaussée de Fleurus.
Deux bataillons de la division Jagow étaient à trois quarts de lieue en arrière de sa gauche entre Farcienne et Lambusart ; et deux autres bataillons, quatre régiments de cavalerie, seize bouches à feu se massaient sur ce dernier point, prêts à lui venir en aide.
Napoléon jeta un coup d'œil rapide sur le terrain qui paraissait devoir lui être disputé et ordonna les dispositions d'attaque.
Il était cinq heures (1).
Deux batteries d'artillerie ouvrirent immédiatement le l'eu et réduisirent en peu d'instants celui de l'artillerie ennemie, dont plusieurs pièces furent démontées.
Trois colonnes d'infanterie, de deux bataillons chacune, se mirent en mouvement : la première se dirigeant sur le bouquet de bois près du chemin de Lambusart, la seconde sur le centre prussien en laissant Gilly à sa gauche, la troisième tournant ce village. Deux brigades du corps d'Excelmans appuyèrent cette manœuvre, l'une en menaçant de tourner l'extrême gauche prussienne, l'autre se portant sur la chaussée de Fleurus.
Depuis le matin, Zieten cherchait à retarder, sans se compromettre, la marche de l'armée française ; et il n'y avait que trop bien réussi.
Dès qu'il vit s'approcher nos colonnes, il ordonna la retraite.
Mais ses tirailleurs commençaient à peine à se replier, que Napoléon, irrité de voir les Prussiens près de lui échapper, lit précipiter le mouvement sur toute la ligne et lança même à la charge ses quatre escadrons de service (d'escorte) sous les ordres du général Letort, un de ses aides de camp.
Des trois bataillons à gauche de la chaussée de Fleurus, un se jeta dans le bois de Trichehève et échappa au choc; les deux autres se formèrent en carrés et entreprirent de résister, soutenus par le régiment de dragons ; mais l'un fut enfoncé, sabré et à moitié détruit par les escadrons de service, et l'autre fortement entamé avant d'avoir pu gagner les bois.
Le bataillon à la droite de la chaussée de Fleurus se retira sans avoir souffert, grâce à l'abatis, qui, appuyé au bois, barrait complètement la voie à notre cavalerie.
Le général Letort, qui avait intrépidement mené les esca-
(i) « A cinq heures après midi, l'empereur ordonna l'attaque. » (Bulletin du 15 juin.)