‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 53 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

drons de service, fut mortellement blessé. « C'était un des officiers de cavalerie les plus distingués. On n'était pas plus brave, » a dit de lui Napoléon.

Les Prussiens se retirèrent lentement, en combattant, sur Lambusart, suivis par Grouchy et Vandamme. A la sortie des bois, près de ce village, ils trouvèrent les réserves que nous avons indiquées plus haut, et ils prirent position; mais, avant que les colonnes françaises se fussent formées, ils prolongèrent leur retraite, en échangeant avec elles une vive canonnade. Ils repétèrent cette manœuvre un peu plus loin et finirent par dépasser Fleurus.

Grouchy et Vandamme arrêtèrent leur mouvement à une demi-lieue ou trois quarts de lieue en deçà de cette ville.

Depuis Gilly, il avait été assez mollement mené, il faut le reconnaître. Napoléon, cependant, était là.

A huit heures, il était de retour à Charleroi (1), où son quartier général fut dans la maison même que Zieten occupait encore le matin.

« Accablé de fatigue, il se jeta sur son lit pour y reposer quelques heures (2). »

Avant lanuit,GrouchyetVandammeavaient pris leurs bivacs : le corps de Pajol à droite et à gauche de la chaussée de Fleurus, sur Lambusart et la ferme de Martinroux, voisine de Wangenies ; la division Domon à la gauche de Pajol ; le corps d'Excelmans en arrière de Pajol; celui de Vandamme en troisième ligne.

Fleurus resta occupé par deux bataillons du corps de Zieten, et ce corps se trouva tout entier réuni un peu en arrière.

Dans cette journée, le général prussien avait manœuvré habilement et heureusement. 11 avait retardé beaucoup la marche de l'armée française; il se trouvait à même de rejoindre

(1) Bulletin du lii juin.

(2) Lettre du baron Fain, écrite par ordre de Napoléon à Joseph Bonaparte (Cbarleroi, 15 juin, 9 heures du soir).

m WATERLOO.

l'armée prussienne, quel que fût le point où elle se concentrerait, et ses pertes étaient peu considérables : de douze cents hommes, suivant les écrivains prussiens ; de deux mille, d'après Napoléon.

Les nôtres ne durent pas dépasser cinq ou six cents (1).

Des historiens français ont donné à entendre que Grouchy et Vandamme, en n'avançant pas davantage, avaient méconnu les ordres de Napoléon. C'est une allégation gratuite. Elle ne se trouve pas même dans les écrits de Sainte-Hélène.

L'armée française bivaqua, le 16, comme la veille, sur trois colonnes : à gauche, d'Erlon et Reille échelonnés, comme nous l'avons dit, de Marchienne à Frasnes, et le second ayant une division à Wangenies, près de Fleurus; au centre, Pajol, Excelmans et Vandamme, dans les positions que nous venons d'indiquer; l'infanterie de la garde entre Gilly et Charleroi ; les cuirassiers de Milhaud, de Kellermann, le corps de Lobau, près de cette ville et en arrière de la Sambre; à droite, Gérard en avant de Châtelet, sur la direction de Fleurus.

Toute l'armée était ainsi réunie dans un carré de quatre lieues de côté.

Napoléon a émis deux opinions sur le résultat de cette première journée de la campagne.

Il a dit, d'abord, que toutes ses manœuvres avaient réussi à souhait ; que les deux armées ennemies étaient surprises, leurs communications déjà fort gênées; qu'il était placé entre elles, maître désormais de les attaquer en détail; qu'il ne leur restait, pour éviter ce malheur, le plus grand de tous, que le parti de céder le terrain et de se réunir sur Bruxelles ou au delà (2).

(1) Le bulletin du 15 juin dit quatre-vingts hommes blessés et dix tués. Mais le corps seul de Reille en eut deux cents. (Lettre du chef d'élat-major du 2e corps, accompagnée d'états officiels et lue à la chambre des représentants, le Ier juillet.)

(2) Mémoires, t. IX, p. 76-77.

Page 1