‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 54 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

Il a dit, ensuite, qu'il y avait eu huit heures de perdues, au centre; que cette perte de temps l'avait empêché de porter son quartier général à Fleurus; qu'elle était bien fâcheuse (1).

Ces deux opinions sont contradictoires; la dernière seule est juste.

La journée avait été incomplète.

Dans l'ordre général de mouvement donné la veille, Napoléon avait annoncé que « son intention était d'avoir passé la Sambre avant midi et de porter l'armée à la rive gauche de cette rivière. »

Cette rapidité de manœuvre n'avait certes pas pour but d'arrêter les colonnes françaises à une lieue ou deux au delà de Marchienne, de Charleroi, de Châtelet ; car elle n'aurait servi qu'à donner à l'ennemi, prévenu à coups de canon, tout le reste d'une longue journée pour se concerter et réunir ses forces.

Napoléon voulait donc avancer davantage; et il suffit d'un coup d'œil jeté sur la carte pour indiquer, à coup sûr, le terme qu'il avait l'intention d'atteindre en dictant l'ordre général du mouvement.

L'armée, débouchant sur la Sambre, comme elle y déboucha, au sommet de l'angle formé par les chaussées de Charleroi à Bruxelles et Namur, avait devant elle, à cinq lieues, la grande communication de Blùcher et de Wellington : la chaussée de

(1) Mémoires, t. IX, p. 159. « Funeste contre-temps, » a dit encore Napoléon à ce propos (Campagne de 1815, par Gourgaud).

Nous devons faire observer que, dans le tome VIII de ses Mémoires, il a écrit, répondant à un critique, que son intention avait été de faire occuper Fleurus par une avant-garde, en cachant ses troupes derrière les bois près de cette ville; qu'il se fût bien gardé de laisser voir son armée et surtout d'occuper Sombreffe. Mais cette assertion est. en contradiction par trop manifeste avec la hâte qu'il voulait imprimer au mouvement de l'armée, avec les principes mêmes de sa stratégie, pour qu'on puisse y voir autre chose qu'un moyen de polémique.

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Namur à Nivelles, qui offrait à ces généraux un moyen de réunion rapide en avant de Bruxelles.

Cette dernière route coupe les deux premières, au delà de Frasnes, aux Quatre-Bras, au delà de Fleurus, près de Sombreffe. Ces deux points d'intersection sont à trois lieues l'un de l'autre.

L'armée française, les occupant en forces, se serait trouvée placée entre les Anglo-Hollandais et les Prussiens, réellement maîtresse désormais, pour emprunter à Napoléon ses propres expressions, de les attaquer en détail et ne leur laissant, pour éviter ce malheur, le plus grand de tous, que le parti de céder le terrain et de se réunir sur Bruxelles ou au delà.

C'est pour cela, on peut l'assurer, que la liàte que Napoléon voulait imprimer au mouvement de l'armée avait pour but l'occupation des Quatre-Bras et de Sombreffe, dès le premier jour de la campagne.

Cette occupation manqua par suite d'une perte de temps considérable; la grande communication de Blucher et de Wellington resta libre, quoique menacée; c'est pour cela aussi que Napoléon a dit vrai en écrivant que « cette perte de temps avait été bien fâcheuse, » et que nous ajoutons : la journée du 15 avait été incomplète.

Suivant son habitude, en pareil cas, Napoléon a imputé à ses lieutenants l' insu Aisance des résultats.

Vandamme lui a fait perdre cinq heures, le matin, en retardant d'autant la mise en marche du 5e corps ou en s'égarant en route, et trois heures encore, le soir, en différant, de concert avec Grouchy, jusqu'à sept heures, l'attaque de Gilly, commandée cependant pour quatre.

Voilà ce qu'on lit dans les deux relations de Sainte-Hélène.

Mais ce n'est pas la vérité.

Vandamme ne s'égara pas en route. Il resta longtemps immobile dans ses bivacs; mais cette immobilité fut l'inévitable

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