CHAPITRE SIXIEME
conséquence d'un fait dont il ne saurait être rendu responsable : il n'eut qu'une connaissance tardive et en quelque sorte fortuite de l'ordre général de mouvement. Le récit d'un témoin fort désintéressé à coup sûr et très-impartial, de celui-là même qui lui apprit la marche en avant de l'armée, ne laisse pas de doute sur ce point (1).
Le général Bonaparte se serait assuré, avant de prendre aucun repos, que ses ordres avaient été communiqués. L'empereur Napoléon ne s'occupait plus de ce soin : il l'abandonna au chef de son état-major: et celui-ci n'avait pas su que l'officier chargé de porter à Vandamme l'ordre de mouvement, avait fait une chute de cheval très-grave et négligé sa mission.
Il y eut donc une perte de temps par suite de l'incurie du chef d'état-major. Mais elle ne fut pas aussi considérable que l'a dit Napoléon; car lui-même lit prendre à la garde, partie dès cinq heures, une traverse à gauche de celle que devait suivre Vandamme; et la garde remplaça ainsi le 5e corps, à la tête de la colonne du centre.
Vandamme pressa beaucoup la marche de ses troupes ; à trois heures, il débouchait de Charleroi: c'est le bulletin du 15 juin qui l'afiirme; et il ne différa pas l'attaque de Gilly jusqu'à sept, de concert avec Grouchy, sous les ordres duquel il ne se trouva, d'ailleurs, que le lendemain; car cette attaque se fit à cinq heures (2) : c'est encore le bulletin du 15 qui l'affirme, et avec toute raison ; bulletin écrit à huit heures du soir, dans toute la fraîcheur des souvenirs et dicté peut-être, contrôlé certainement, par Napoléon.
Il faut le remarquer, au reste, si Napoléon eûteommandé réel-
(1) Campagne de Waterloo, par E.-F. Janin, colonel d'élat-major en non-activité (Paris, 1820). Voir son récit dans la note D, à la fin du volume.
(2) « A cinq heures après midi, l'empereur ordonna l'attaque: laposition fut tournée et enlevée. » •
lement cette attaque pour quatre heures, rien n'aurait empêché l'exécution de son ordre. En ce moment, en effet, le corps de Vandamme avait, tout entier, débouché de Charleroi, précédé par Excelmans; toute l'infanterie de la garde était massée depuis longtemps entre cette ville et Gilly; et on aurait pu l'employer à commencer le combat sur ce dernier point, en attendant l'entrée en ligne si prochaine de Vandamme, ce qui aurait évité tout retard.
Pajol, Excelmans, la garde, Vandamme donnaient une force de quarante-quatre mille hommes, qu'il aurait, été facile de faire appuyer bientôt par les cuirassiers de Kellermann et de Milhaud et par le corps de Lobau, laissés sur la rive droite de la Sambre.
La résistance des Prussiens, à Gilly, fut très-courte, on l'a vu. Devant de pareilles masses, ils n'auraient pas cherché à prendre position, comme ils le firent, dans leur retraite. Avant sept heures, Napoléon aurait occupé Fleurus, qui est à deux lieues seulement de Gilly, et saisi, avant la chute du jour, la chaussée de Namur à Nivelles, près de Sombrcffe.
S'il ne le fit pas, ce ne fut donc ni Vandamme ni Grouchy qui en furent cause.
La vérité paraît être qu'il renonça à cette opération si importante, à la vue de Gérard, dont l'avant-garde était, il est vrai, à Ghâtelet, vers deux ou trois heures, mais dont les divisions ne devaient atteindre ce point que fort avant dans la soirée ; à la vue aussi du corps de d'Erlon, attardé derrière la Sambre; qu'il y renonça surtout par la crainte de trouver, en pareille circonstance, toute l'armée prussienne réunie sur Fleurus.
Les lenteurs de notre aile droite ne doivent pas, d'ailleurs, il faut le dire, être imputées à Gérard, dont l'activité est hors de doute, qui n'a été l'objet d'aucun reproche, mais à la nécessité où il fut d'attendre pour se mettre en mouvement, le matin, l'arrivée de celles'de ses troupes qui n'avaient pu le