CHAPITRE SIXIEME
rejoindre, la veille; à la dilliculté très-grande du terrain qu'il eut à parcourir, terrain très-accidenté, plein de défilés, ouvert seulement par de mauvaises traverses.
Des bivacs de l'armée à la Sambre, il n'y avait, en 1815, aucune chaussée.
Napoléon, n'ayant pas porté son quartier général à Fleurus, n'ayant pas occupé, au delà de cette ville, la chaussée de Namur à Nivelles, a prétendu, en revanche, avoir prescrit au maréchal Ney d'occuper les Quatre-Bras, dès le 45 au soir; et il a donné clairement à entendre que son lieutenant n'exécuta pas cet ordre par excès de prudence, par timidité.
Cette allégation a été acceptée, répétée par la plupart des écrivains français.
Mais elle est contredite par de graves témoignages, par des faits.
Le colonel Heymès, seul aide de camp, seul officier d'étatmajor de Ney dans la journée du 15 juin, entendit Napoléon lui donner ses instructions (I). Nous les avons rapportées d'après le récit qu'il a publié. Le nom des Quatre-Bras n'y figure seulement pas; et elles se réduisent à ces mots : « Allez et poussez l'ennemi ! »
En 1829,1e second fils du maréchal Ney, leducd'Elchingen, déjà occupé du soin pieux de justifier la mémoire de son père accusé par Napoléon, se rendit, accompagné du colonel Heymès, chez le maréchal Soult, et lui demanda s'il était vrai que Napoléon eût ordonné d'occuper les Quatre-Bras, le 15 au soir. Il reçut cette réponse : « L'empereur n'a pas eu la pensée d'occuper les Quatre-Bras, le 15 au soir, et il n'en a pas
(I) « Heymès, à cheval près du maréchal Ney, sur la route en avant de Charleroi, au moment de la rencontre avec l'empereur, a entendu ce qui s'est dit et en rend compte textuellement dans sa relation. Il y a peu de jours, il m'a répété de nouveau, et de la manière la plus positive, que le nom des Quatre-Bras n'a pas été prononcé dans cet entretien. » (Lettre du duc d'Elchingen au général Jomini, 19 octobre 1841.)
donné l'ordre (1). »Or, il est inadmissiblequ'unordred'une' telle importance ait été donné et que le major général de l'armée n'en ait jamais eu connaissance.
A tout cela, il faut ajouter que, dans les divers ordres expédiés le 15 et même le 16 (nous le verrons) à l'aile gauche de l'armée, rien absolument ne laisse supposer l'existence d'instructions prescrivant l'occupation des Quatre-Bras, dès le 15 au soir.
Ces prétendues instructions verbales, les Mémoires de Sainte- Hélène (2) les rapportent cependant et les accompagnent même du récit des circonstances dans lesquelles le maréchal Ney les aurait reçues et aurait renoncé à les exécuter.
« Le maréchal Ney venait d'arriver, disent-ils ; l'empereur lui donna aussitôt l'ordre de se rendre à Gosselies, d'y prendre le commandement de toute la gauche, composée des 2e et 1er corps, de la division de Lefebvre Desnoucttes et du corps de grosse cavalerie du général Kellermann, formant en tout quarante-sept mille huit cents hommes; de donner tête baissée sur tout ce qu'il rencontrerait sur la route de Gosselies à Bruxelles; de prendre position à cheval sur cette roule au delà des Quatre-Bras et de s'y tenir militairement en tenant de fortes avant-gardes sur les routes de Bruxelles, de Namur et de Nivelles. »
Les Mémoires racontent ensuite que Reille, après s'être emparé de Gosselies, avait fait suivre par la division Girard les Prussiens en retraite sur Fleurus ; qu'il s'était porté, en même temps, avec ses trois autres divisions et sa cavalerie sur les Quatre-Bras, se faisant précéder de Lefebvre Desnouettes; que celui-ci avait forcé le prince Bernhard de Saxe-Weimar à abandonner Frasnes et les Quatre-Bras pour aller prendre position entre ce point et Genappe; que « Reille marchait sans obstacle
(1) Documents inédits.
(2) Tome IX.