‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 57 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

avec son infanterie pour aller camper «i avant des Quatre-Bras, lorsqu'il fut rejoint par le maréchal Ney, lequel, ayant entendu la canonnade surFleurus et reçu le rapport du général Girard, qu'il y avait des forces considérables dans cette direction, crut prudent de prendre position, son avant-garde à Frasnes. »

Mais les inexactitudes foisonnent dans ces pages rapides.

Au moment où Ney reçut le commandement de l'aile gauche, le corps de Kellermann était sur la rive droite de la Sambre, en arrière de Charleroi; et il y resta, par ordre de Napoléon, toute la nuit et une grande partie de la matinée suivante. Le 1er corps commençait à peine à déboucher de Marchienne, qui est à deux lieues et demie de Gosselies; et il avait alors, il eut fort tard encore dans la soirée une de ses divisions à quatre lieues en arrière de Marchienne, vers Thuin (1). Le maréchal n'a donc pas eu à sa disposition immédiate 47,800 hommes, puisque le 4 e' corps et celui de Kellermann sont compris dans ce chiffre, qu'ils étaient forts ensemble de vingt-trois mille hommes, et se trouvaient trop loin de lui pour qu'il pût s'en servir.

Tout ce que les Mémoires racontent d'un mouvement au delà de Gosselies s'éloigne bien plus encore de la vérité.

Reille n'a pas marché pour aller camper aux Quatre-Bras, ni plus loin; et, par conséquent, il n'a pas été arrêté par la prudence de Ney. Très-désintéressé dans la question, il a publié une notice historique (2) où il rapporte les mouvements du 2e corps tels que nous les avons indiqués.

Ce fut à Gosselies, et non au delà, qu'il fut rejoint par le ma réchal Ney.

(1) La preuve explicite de ces faits est dans deux ordres du major général à d'Erlon, le premier daté de trois heures après midi, le second ne portant pas d'indication d'heure, mais postérieur à la remise du commandement de l'aile gauche à Ney, puisqu'il parle d'ordres que donnera celui-ci.

(2) Documents inédits, etc.

Ses quatre divisions d'infanterie étaient réunies sur ce point qu'il venait d'occuper à l'instant même.

D'après un ordre donné, dit-il, par Napoléon au maréchal, celui-ci dirigea, alors, la division Girard sur Fleurus.

En même temps, il fit prendre position à deux autres divisions au bois de Lombuc et à Gosselies même; et il poussa le reste des troupes du 2e corps sur Frasnes, avec la division de Lefebvre Desnouetles, qu'il avait amenée avec lui. Reille ne bougea pas de Gosselies.

Quant à la retraite du prince Bernhard de Saxe-Weimar en arrière des Quatre-Bras, elle n'a jamais existé que dans les Mémoires de Sainte-Hélène.

Tant et de si fortes inexactitudes sont peu faites, on en conviendra, pour donner créance aux instructions qu'elles encadrent si étrangement.

Mais il y a plus, c'est qu'en admettant même que le maréchal Ney ait eu l'ordre d'aller prendre position aux Quatre- Bras ou au delà, il serait difficile de le blâmer de n'y avoir pas obéi.

Il reçut son commandement à quatre heures et demie (I) étant à une lieue et demie de Gosselies. II y arriva, sans doute, à cinq heures ou peu après. Il dirigea, tout de suite, la division Girard sur Fleurus, puisque c'était l'ordre de Napoléon; il fit avancer sur la chaussée de Bruxelles une division de cavalerie et une d'infanterie pour s'éclairer de ce côté; mais, avant qu'il se fût renseigné sur la situation des choses, il dut être cinq heures et demie et plus. C'est donc en ce moment qu'il aurait dû porter la masse de ses troupes sur les Quatre-Bras et même au delà.

(1) Nous déduisons ce fait de ces autres faits : le maréchal Grouchy, revenu des hauteurs en deçà de Gilly, trouva Napoléon près de Charleroi, donnant ses instructions au maréchal Ney; Napoléon quitta celui-ci immédiatement et galopa vers Gilly; l'attaque sur Gilly eut lieu à cinq heures.

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