‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 58 sur 261 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

De Gosselies à ce point, il y a trois lieues et demie. Son infanterie, sur pied depuis le point du jour, n'y serait certainement pas arrivée avant neuf heures.

Déduction faite du 1er corps, des cuirassiers de Kellermann, de la division Girard, il avait sous la main vingt-deux mille hommes de toutes armes. Il aurait été obligé, pour se relier en arrière, d'en laisser cinq ou six mille à Gosselies ou un peu plus loin ; il aurait donc débouché sur les Quatre-Bras avec seize ou dix-sept mille hommes, et cela une demi-heure à peine avant la nuit.

Mais, s'il y eût rencontré l'ennemi, ce qu'il devait regarder comme probable, comme certain même, il aurait donc eu à livrer un combat de nuit entre les cantonnements anglo-hollandais et prussiens, mis en éveil par le canon, depuis le matin, et pouvant venir l'assaillir, sur son front, par la chaussée de Bruxelles; sur sa gauche et sa droite, par celle de Namur à Nivelles.

Donner ainsi tête baissée, afin d'aller prendre position aux Quatre-Bras ou au delà, c'eût été, pour Ney, risquer le sort de Vandamme à Culm ; et, s'il en reçut l'ordre, il fit bien de n'y pas obéir.

Mais cet ordre ne fut pas donné.

L'occupation des Quatre-Bras, pour être rationnelle, possible, devait avoir lieu en même temps que celle de Sombrefte. Opérées simultanément par deux masses de quarante-cinq mille hommes chacune en arrière desquelles se fût tenu Napoléon avec le reste de son armée en réserve, prêt à appuyer l'une ou l'autre, ces deux occupations se soutenaient réciproquement, se préservaient des attaques de flanc et de revers; opérées l'une sans l'autre, elles devenaient excessivement aventureuses.

Cela n'a certainement pas échappé à Napoléon. Aussi, de ce fait seul qu'il n'a pas poussé, de son côté, jusqu'à Sombreffe ni seulement jusqu'à Fleurus, on peut conclure, avec

m WATERLOO.

certitude, qu'il n'a pas dit à Ney de donner tête baissée, de l'autre.

Nous le verrons bientôt, au reste, ordonner à l'aile gauche démarcher sur les Quatre-Bras, et, en même temps, à l'aile droite de marcher sur Sombreffe.

Ney, ayant porté, le 15 au soir, deux divisions de cavalerie, une division d'infanterie, à Frasnes, à une lieue des Quatre- Bras, à plus de trois lieues en avant de Lambusart, où le canon grondait, fit tout ce que rationnellement il devait faire, et, on peut l'affirmer, tout ce que lui avait ordonné Napoléon.

Celui-ci l'a accusé à tort; et il a imaginé des instructions dont les événements lui ont donné l'idée, après coup. Telle est, sans aucun doute, la vérité.

Quoi qu'il en soit, la journée du lo juin, nous le répétons, avait été incomplète. Cependant le temps perdu pouvait se réparer encore, on va le reconnaître.

Mais, pour cela, il fallait beaucoup de décision, et il y en eut peu ; beaucoup d'activité, et il n'y en eut pas.

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