CHAPITRE SEPTIEME
15 juin. — Namur. — Bruxelles. — Ordres de concentration donnés par Bliicher, le 14 juin au soir.— Mouvements de Pirch I, Thielmann, Biilow, dans la journée du 15. — Position de l'armée prussienne, dans la nuit du 15 au 16. — Betard de Wellington dans la mise en mouvement de son armée. — Ordre partiel donné le 15 juin, à trois heures après midi, par le chef d'état-major du prince d'Orange. — Ordre général de rassembler l'armée par division. — Faux mouvement ordonné sur Nivelles.— Ordre de concentration partielle expédié à dix heures du soir. — Ordre général qui doit porter l'armée sur sa gauche. — Observations.
Bliicher et Wellington devaient, on l'a vu, respecter la frontière française jusqu'au moment où les souverains coalisés leur donneraient le signal d'agir; et les communications entre la France et la Belgique étaient interrompues depuis près de trois mois.
Dans cette situation, le général prussien et le général anglais ne pouvaient connaître, des mouvements de notre armée, que ce qu'en rapportaient leurs espions, les déserteurs et certains partisans des Bourbons en relations avec la cour de Gand. Des moyens d'information si incertains, si incomplets, les laissaient continuellement en butte à une surprise. Ils auraient dû en conclure la nécessité de resserrer les cantonnements de leurs armées; ils les avaient, au contraire, étendus à l'excès.
Toutes ces circonstances étaient singulièrement favorables à la réussite des projets de Napoléon. Mais il aurait fallu un bien grand bonheur pour que l'arrivée des masses françaises
sur l'extrême frontière restât ignorée de l'ennemi jusqu'au dernier moment, jusqu'au premier coup de canon.
Ce bonheur, Napoléon ne l'eut pas.
Il est de peu d'importance de rechercher, à travers les dires souvent contradictoires des écrivains allemands, comment Bliïcher reçut connaissance de l'attaque qui le menaçait. Il suffit de dire qu'il en fut prévenu et d'indiquer les dispositions qu'il prit.
Dans l'après-midi du 14 juin, un premier avis, mais assez vague encore, paraît-il, lui annonça l'approche de corps de troupes considérables vers la Sambre. Cela le détermina à expédier au plus éloigné de ses lieutenants, à Biilow, l'ordre de porter son quartier général de Liège à Hannut, de lever ses cantonnements et de les faire avancer jusqu'à une marche de ce village, qui est au nord-est et à dix ou onze lieues de Sombreffe.
Le même jour, vers dix ou onze heures du soir, des renseignements très-précis lui étant parvenus, il écrivit à Thielmann de marcher sur Namur ; à Pirch I,de se rendre, en passant par cette ville, à Mazy, près de Sombreffe; à Bïilow, de prolonger son mouvement, de Hannut vers ce dernier point; à Zieten, de céder le plus lentement possible, mais sans se compromettre, le terrain devant l'attaque, et en manœuvrant pour replier son corps en arrière de Fleurus.
Suivant le plan convenu avec Wellington, le général prussien allait rassembler toute son armée sur Sombreffe.
Nous avons dit la retraite de Zieten devant Napoléon. Il avait bien rempli sa mission (1).
Pirch I etThielmann firent grande diligence dans leur marche. Lesecond eut tout son corps réuni à une demi-lieue en avant de
(1) Un ordre de Zieten, en date du 2 mai, avait réglé les mouvements de ses troupes dans les divers cas d'attaque à prévoir; et il est vrai de dire que leurs manœuvres, le 13 juin, lurent l'application de cet ordre.