‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 6 sur 261 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Causes du succès de l'entreprise de Napoléon contre le gouvernement des Bourbons. — La révolution se serait faite sans lui. — Son langage, ses promesses pendant sa marche sur Paris. — Le peuple s'y laisse prendre. — La conduite de l'empereur le désillusionne bientôt. — Ruses de Napoléon pour dissimuler d'abord les actes du congrès de Vienne, pour en atténuer la portée ensuite. — Murât n'a détruit aucune chance de paix. — Il n'en existait d'autre que celle que pouvait donner la victoire. — L'enthousiasme populaire refroidi par la duplicité, les rélicences de Napoléon. — L'armée telle qu'elle avait été réorganisée par la Restauration. — Son effectif au 1er janvier 1815, au 1er avril. — Napoléon ne commence à prendre des mesures pour l'augmentation de l'état militaire de la France que trois semaines après son retour à Paris.

— Indication de ces mesures. — Leur résultat. — État militaire de la France, au commencement de juin 1815. — Formation de corps d'armée.

— Leur effectif. — Effectif des garnisons des places fortes.

Les fautes du gouvernement de Louis XVIII, aggravées par les excès de parole, les menaces, les folles prétentions du parti royaliste, des anciens émigrés et du clergé catholique, avaient amoncelé tous les éléments d'une révolution qui devait emporter le trône restauré depuis moins d'un an, quand Napoléon, parti de l'île d'Elbe avec un millier de soldats, vint audacieusement débarquer sur la plage de Fréjus.

Cette révolution était imminente, inévitable, ont dit les contemporains; mais le but n'en était pas, le résultat n'en aurait pas été de rendre la couronne à l'empereur déchu. Dans un

grand nombre, de départements, le peuple redoutait, à tort sans doute, mais sincèrement, le rétablissement des dîmes, des cens, de tous les droits féodaux, réclamés par ceux qui en avaient joui naguère. Plusieurs millions de citoyens engagés dans les immenses transactions faites sur les biens nationaux voyaient journellement s'amoindrir la valeur de ce gage, que revendiquaient les cris injurieux des propriétaires dépossédés depuis vingt-cinq ans.

Le retour de Napoléon aux Tuileries aurait fait cesser ces alarmes.

Mais la nation, épuisée par la guerre, voulait le maintien de la paix, abri protecteur sous lequel se réparaient ses forces et grandissaient son commerce, son industrie. Les distinctions de race, les privilèges de la naissance, si hautement préconisés maintenant, lui étaient odieux. Elle aspirait à un retour vers les principes proclamés par la Révolution. Enfin, elle avait, soif de libertés. La charte royale, même perfidement interprétée, en donnait beaucoup, si du moins on la comparait au régime de servitude universelle que l'Empire avait organisé. Mais la nation en voulait davantage.

La paix, l'égalité, la liberté, on ne pouvait les attendre du règne de Napoléon.

C'était pour cela que, dans les espérances, les projets de révolution, son nom avait généralement été mis à l'écart.

Cependant, du fond de l'asile où l'avait relégué la défaite, où il était menacé, croyait-il, d'être enlevé pour une transportation lointaine, il avait suivi attentivement cette agitation des esprits, et résolu de la faire tourner à son bénéfice, en devançant l'initiative des ennemis de la maison de Bourbon, en se faisant un drapeau des idées mêmes qui leur servaient à soulever le pays.

Dès son arrivée sur le sol de France, il se présenta donc en homme éclairé par le malheur, par les méditations de l'exil. Ses proclamations, ses allocutions respiraient l'amour

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