‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 7 sur 261 · CHAPITRE DEUXIEME. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME. H

de la paix, le respect de la démocratie, de la liberté. C'était une transformation complète.

Les masses sont faciles à la confiance, à l'erreur. Elles se laissèrent prendre à ce langage nouveau; elles crurent à la durée de la paix sous le règne de Napoléon, à la conversion loyale du restaurateur de l'aristocratie de naissance, du despote; et, se joignant à l'armée, qui acclamait son ancien général, elles lui frayèrent la voie jusqu'aux Tuileries.

Sur bien des points, la population résista à cet entraînement. Cependant, il paraît peu contestable que la majorité delaFrance y fût momentanément emportée. Bientôt les illusions créées avec l'habileté, l'astuce habituelles à Napoléon, allaient se dissiper et, en se dissipant, mettre à nu la folie de cette insurrection à moitié militaire, à moitié civile, dont le résultat était de rendre le souverain pouvoir à celui qui avait soulevé naguère les haines implacables des peuples et des rois, à celui dont le nom seul était une menace contre l'Europe, à celui, enfin, qui était la personnification la plus perfide, la plus forte de la contre-révolution.

A peine assis sur le trône abandonné des Bourbons, il rétablit le faste, les pratiques, le formulaire, l'étiquette de la monarchie. A l'exception de Carnot, mais de Carnot anobli du titre de comte, reniant officiellement ses principes, il prit pour ministres les mêmes hommes qui avaient été les agents de son despotisme de quinze années; il laissa ou appela aux fonctions publiques ceux qui les avaient occupées sous l'Empire; et toute sa famille accourut reprendre sa part de pouvoir, d'honneurs, de richesses. 11 ne fut plus question de retour à l'égalité ; la liberté devint le discret ornement de vagues discours. L'enthousiasme populaire diminua; il disparut tout à fait devant Y acte additionnel, élaboré dans le huis clos des Tuileries et posé publiquement ensuite comme le couronnement de l'édifice despotique de l'Empire.

Grâce à bien des efforts, la croyance au maintien de la paix, si ardemment désiré, dura plus longtemps.

Toutes les nouvelles, tous les événements qui venaient incessamment montrer l'imminence de la guerre , Napoléon les niait, les dénaturait, les atténuait avec une imperturbable assurance.

Dès l'abord, il avait jeté en pâture à la crédulité publique le retour certain, disait-il, de la fille des Hapsbourg, qui, entraînée dans sa couche par la toute-puissance de la victoire, était sortie de la France envahie, subjuguée, le sourire sur les lèvres, la joie au cœur, pour aller se livrer à de publiques et illégitimes amours. Elle devait revenir, paraître à la pompeuse cérémonie du champ de mai, ramenant l'héritier de César, rapportant l'alliance de l'Autriche perdue dans les steppes glacés de la Russie.

La déclaration du 43 mars, répandue dans plusieurs départements, en même temps que la nouvelle du retour de Napoiéon aux Tuileries, était un démenti violent à cette assertion. Le ministre de la police d'abord, le conseil d'Etat ensuite, furent chargés de l'arguer de faux, de la présenter comme une pièce apocryphe , œuvre des représentants de Louis XVIII au congrès de Vienne, qui n'avaient pas craint d'y apposer les noms des ministres de toutes les puissances. Napoléon propagea cette imposture, même parmi ses familiers les plus intimes; et des commissaires extraordinaires envoyés dans les provinces (1), le ministre de l'intérieur Carnot, dans

(1) Le maréchal Ney a raconté ainsi la mission dont il fut chargé dans le Nord et dans l'Est :

« Je reçus une longue lettre de lui (Napoléon), dans laquelle il me prescrivait de parcourir toute la frontière, depuis Lille jusqu'à Landau. Je déployai le caractère de commissaire extraordinaire.

» Mes instructions portaient l'ordre exprès d'annomor partout que l'empereur ne voulait et ne pouvait plus faire la guerre, d'après des arrangements faits et conclus a l'île d'Elbe, entre lui, l'Angleterre et l'Autriche; que L'impératrice Marie-Louise et le roi de Rome devaient rester à Vienne, en otage, jusqu'il ce qu'il eût donné une constitution libérale à la France et exécuté les conditions du traité; après quoi, elle viendrait le joindre a Paris avec son fils. »

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