CHAPITRE HUITIÈME
Trois-Bras (1) (route de Bruxelles), où vous leur ferez prendre position; et vous porterez en même temps des reconnaissances, aussi avant que possible, sur la route de Bruxelles et sur Nivelles, d'où probablement l'ennemi s'est retiré.
» Sa Majesté désire que, s'il n'y a pas d'inconvénient, vous établissiez une division avec de la cavalerie à Genappe; et elle ordonne que vous portiez une autre division du côté de Mariais, pour couvrir l'espace entre Sombreffe et les Trois-Bras.
» ... L'empereur va se porter sur Sombreffe, où, d'après les ordres de Sa Majesté, M. le maréchal Grouchy doit se diriger avec les 3e et 4e corps d'infanterie et les 1er, 2e et 4P corps de cavalerie. M. le maréchal Grouchy fera occuper Gembloux. »
Le major général écrivit, en effet, à Grouchy : « L'empereur ordonne que vous vous mettiez en marche avec les 1er, 2e et 4pcorpsde cavalerie et que vous les dirigiez sur Sombreffe, où vous prendrez position. Je donne pareil ordre à M. le lieutetenant général Vandamme, pour le 3e corps d'infanterie, et à M. le lieutenant général Gérard pour le 4e; et je préviens ces deux généraux qu'ils sont sous vos ordres...
» ... Je préviens aussi le général Gérard que, dans son mouvement sur Sombreffe, il doit laisser la ville de Fleurus à gauche, afin d'éviter l'encombrement. Ainsi, vous lui donnerez une direction pour qu'il marche d'ailleurs, bien réuni, à portée du 3e corps, et soit en mesure de concourir à l'attaque de Sombreffe, si l'ennemi fait résistance.
» J'ai l'honneur de vous prévenir que M. le maréchal prince de la Moscowa reçoit ordre de se porter, etc..
» Aussitôt que vous vous serez rendu maître de Sombreffe, il faudra envoyer une avant-garde à Gembloux et faire reconnaître toutes les directions qui aboutissent à Sombreffe, particulièrement la grande route de Namur... »
(1) Quatre-Bras.
Ces trois dépêches s'écrivaient, à Charleroi, de huit à neuf heures du matin (1). Il suflit de les lire pour reconnaître qu'en ce moment Napoléon ne soupçonnait une grande résistance ni devant lui, ni devant le maréchal Ney. II pensait que les Quatre- Bras, Genappe, Sombreffe, Gembloux seraient occupés sans difficultés bien sérieuses. Il voyait son aile gauche, il se voyait lui-même à Bruxelles avant vingt-quatre heures.
Un rapport de Grouchy, daté de six heures du matin, lui avait, cependant, annoncé que de grandes colonnes prussiennes, arrivant par la route de Namur, se formaient vers Ligny (près de Sombreffe) (2). Mais il n'y avait pas attaché beaucoup d'importance, il faut le croire. Sa conviction, paraît-il, était, au contraire, que les Prussiens se réunissaient vers Namur ou Hannut, que les Anglo - Hollandais se repliaient sur Anvers.
Il oubliait ses lenteurs, ses retards de la veille et du matin même. Il comptait sans la ténacité de Wellington, sans l'activité, l'audace de Blùcher, toujours jeune en dépit des années. Souffrant, indécis, abattu, il jugeait ses adversaires sur sa mesure.
(1) Le général Flahaut, dans une lettre au duc d'Elchingen, en date du 24 novembre 1829 (Documents inédits) dit qu'il écrivit, sous la dictée de Napoléon, entre huit et neuf heures du matin.
Gérard, qui était à Châtelet, c'est-à-dire à une lieue et demie de Charleroi, reçut, à neuf heures et demie, l'ordre donné par le major général, qui le faisait passer sous le commandement de Grouchy et lui prescrivait de se mettre en marche (Quelques documents, etc.).
L'ordre identique expédié à Vandamme existe. Il porte l'indication du moment où il fut écrit : huit heures.
Le général Berthezène, qui commandait une des divisions du 3e corps, dit (Souvenirs militaires) que Vandamme et Gérard se mirent en mouvement vers dix heures environ.
(2) Observations sur la campagne de 1815, etc., par le comte Grouchy. — Philadelphie, 1819.
Jomini, dans son Précis de la campagne de 1815 (Bruxelles, 1846), dit qu'il a vu le rapport de Grouchy.