CHAPITRE HUITIEME
Ces illusions duraient encore quand il descendit de voiture sur le plateau de Fleurus (1).
Il était plus de onze heures. La moitié de la journée était perdue!
Grouchy venait de faire occuper par Vandamme la ville de Fleurus évacuée, dès le matin, par l'infanterie prussienne. Pajol, soutenu par les dragons d'Excelmans, avait replié un corps de cavalerie ennemie qu'on apercevait, maintenant, en avant de Ligny, échangeant avec lui des coups de canon.
La garde commençait à déboucher des bois. Les cuirassiers de Milhaud la suivaient. Gérard ne paraissait pas encore aux abords du plateau.
Le 6e corps d'infanterie, sous Lobau, avait été laissé en attente près de Charleroi (2).
La terre était poudreuse, le soleil ardent, la chaleur suffocante.
Des troupes ennemies se montraient à Saint-Amand, à Ligny, vers Brye, vers Sombreffe.
Dès l'arrivée de la garde et du corps de Gérard, à une heure (3), Napoléon fit former l'armée : Vandamme (3e corps) en avant de Fleurus , ayant derrière lui la division Girard,
(1) Le général Lamarque, dans un Essai historique sur les cenl-jours, dit que l'empereur, en arrivant sur le plateau de Fleurus, ne croyait pas à la présence de l'ennemi ; qu'il alla trouver Vandamme, qui lui annonça vainement la réunion des Prussiens ; qu'il envoya plusieurs officiers pour s'en assurer, mais qu'il ne voulait pas y croire. (Souvenirs et mémoires du général Lamarque, publiés par sa famille. — Paris, 1836.)
(2) « Le 16, tandis que le centre se portait sur Fleurus et que le maréchal Ney était à Frasnes, avec une partie de l'aile gauche, le 6e corps fut laissé à Charleroi avec l'ordre de se porter au secours de ce dernier, s'il en avait besoin. Tel était l'objet d'une mission dont je fus chargé. » (Campagne de 181u, par le colonel E.-F. Janin, sous -chef d'état-major du 6e corps).
(3) Quelques documents sur la bataille de IValerloo, par le général Gérard.
détachée du 2e corps (1) ; Gérard (4e corps) au centre ; Pajol et Excelmans (1er et 2e corps de cavalerie), à droite; la garde, cavalerie, infanterie, artillerie, Milhaud (4e corps de cavalerie), en deuxième ligne derrière le rideau, à hauteur de Fleurus.
Pendant que se faisaient ces dispositions, Napoléon, peu accompagné, parcourut la chaîne des vedettes, monta sur les hauteurs, dans des moulins à vent, et reconnut le terrain et les forces de l'ennemi devant lequel il s'arrêtait.
Le plateau de Fleurus s'étend en ondulations assez prononcées. Vis-à-vis de Saint-Amand et de Ligny, il s'abaisse, au nord, par une pente régulière fortement inclinée, au pied de laquelle serpente un ruisseau qui donne ou emprunte son nom à ce dernier village.
Au delà de ce ruisseau, le terrain se relève par une pente semblable mais plus courte et irrégulière, qui soutient un plateau fortement ondulé dont le point culminant est occupé par le moulin à vent, dit de Bussy, qu'on aperçoit à un millier de mètres par le nord-ouest du village de Ligny.
Le Ligny a sa source près de la chaussée de Namur à Nivelles, vers le cabaret des Trois-Bureltes. Il coule, d'abord, du nord-ouest au sud-est; mais il prend une direction presque perpendiculaire à celle-ci, vers le nord-est, à partir de son confluent avec un petit ruisseau qui vient de Wangenies. Le village de Saint-Amand s'élève au-dessus de ce confluent, et tout auprès. Bâti en entier sur la rive droite du Ligny, il ne forme, à proprement parler, qu'une longue rue parallèle à la première direction de ce cours d'eau.
Sur la même rive, à quatre cents mètres au-dessus de Saintci) Cette division venait d'être appelée de Wangenies, où elle avait bivaqué. Dans la dépêche écrite à Ney, quelques instants auparavant, Napoléon l'avait, cependant, comprise au nombre des huit divisions laissées à ce maréchal. Ce ne fut pas le seul mécompte de celui-ci dans cette journée.