CHAPITRE HUITIÈME
Amand se trouvent un château et une ferme contiguë; et, plus haut encore, à une distance moindre de ces deux bâtiments, le village de Saint-Amand-!a-Haye, duquel se détache, du côté de l'ouest, un groupe de quelques maisons, dénommé Saint- Araand-le-Hameau.
En remontant encore le ruisseau d'un millier de mètres, on rencontre, situé sur ses deux rives, le village de Wagnelée.
A mille mètres, ou un peu plus, en aval de Saint- Amand, le Ligny, coulant, comme nous venons de le dire, au nord-est, traverse dans toute sa longueur le grand village dont il porte le nom , contourne ensuite le pied de mamelons sur le revers desquels est bâti Sombreffe, fait brusquement le coude à hauteur de ce bourg, et, infléchissant son cours au sud, va envelopper les monticules de Tongrinne et se jeter plus loin encore, après un nouveau changement de direction, dans l'Orneau, affluent de la Sambre.
Ses eaux n'ont pas plus de trente centimètres de profondeur. Mais ses berges, taillées verticalement, hautes d'un mètre à deux mètres, son lit large de deux à trois, tout bordé d'arbres plantés serrés, forment un obstacle, surtout pour l'artillerie, excepté dans le village même de Ligny, où l'on a pratiqué de larges rampes à droite et à gauche d'un pont.
Tous les villages et hameaux dont nous venons de parler sont de construction solide, et entourés, coupés parfois de jardins, de vergers, de plantations, clos de fossés, de haies vives, de murs et de chemins creux.
La chaussée de Charleroi à Namur suit le bord septentrional du plateau de Fleurus, descend par une pente rapide sur le ruisseau de Ligny, le passe sur un pont maçonné et se confond, un peu au delà, au Point-du-Jour, avec la chaussée de Nivelles à Namur.
Le Point-du-Jour est un groupe de deux maisons.
Le bourg de Sombreffe en est à quinze cents mètres, à l'ouest. La chaussée de Namur à Nivelles le traverse, coupe, trois quarts de lieue plus loin, par le nord de Brye, au cabaret des Trois-Buretles, la voie romaine (1) ; va longer, à une demilieue plus loin encore, le village de Marbais, et arrive aux Quatre-Bras. Entre ces deux derniers points, il n'y a pas deux lieues
Dans sa dépêche du matin, Napoléon, on se le rappelle, avait prescrit au maréchal Ney d'envoyer, après avoir occupé les Quatre-Bras, une division d'infanterie à Marbais, « afin qu'il pût l'attirer à lui, à Sombreffe, s'il en avait besoin. »
Au moment où, la lunette à la main, il examinait le terrain au delà du ruisseau de Ligny et ce qui s'y passait, trois des quatre corps formant l'armée prussienne s'y trouvaient rassemblés.
Zieten occupait Saint-Amand et Ligny par quelques bataillons, et avait sa cavalerie en avant du second de ces villages et la masse de ses troupes sur Brye et le point culminant de Bussy.
Le corps de Pirch I était, au pied du versant nord du plateau, depuis Sombreffe jusqu'aux Trois-Burettes, sur la chaussée de Namur à Nivelles.
Le corps de Thielmann se tenait, vers le Point-du-Jour, en colonnes sur cette chaussée et sur celle de Charleroi, ayant une division à Tongrinne.
Bliicher avait bien mis à profit le temps que lui avait laissé Napoléon; et son armée tout entière aurait été réunie là, sans le retard apporté à l'exécution de ses ordres par Bùlow. Maintenant Biïlow forçait la marche pour réparer sa faute; mais
(1) Ou, plus exactement, voie de Brunehaut. Elle conduit de Bavay à Tongres et Maestricht. Les paysans l'appellent la chaussée des Diables, les diables, dit la légende, l'ayant construite dans une seule nuit. Elle est devenue très-étroite par suite des empiétements continuels des propriétaires riverains.