‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 69 sur 261 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

c'était bien tard. Il s'avançait de Hannut par la voie romaine. DeHannut au plateau de Ligny, il y a dix ou onze lieues.

La position prise par Blùcher était celle que, suivant le plan convenu d'avance avec Wellington, l'armée prussienne devait occuper pendant que l'armée anglo-hollandaise occuperait, en masse, les Quatre-Bras.

Ainsi placées, ces deux armées se trouveraient en communication par la large chaussée de Namur à Nivelles, à moins de trois lieues l'une de l'autre, prêtes à se donner un mutuel appui. Elles couvriraient Bruxelles, objectif certain de la marche de Napoléon débouchant de Charleroi ; et, en cas d'échec isolément subi, sur le plateau de Ligny ou aux Quatre-Bras, résultat possible d'une bataille qui devancerait leur réunion, l'armée anglaise se retirerait par Genappe, l'armée prussienne par Wavre sur la capitale de la Belgique, pour se réunir, suivant les circonstances, soit en arrière, soit même en avant de cette ville, et, dans cette dernière supposition, en disputer ensemble l'accès à l'ennemi jusque-là victorieux. Bliicher, il est vrai, se trouverait dans la nécessité d'abandonner, au moins pour quelque temps sa ligne d'opérations; mais cet inconvénient serait bien largement compensé par l'avantage de la réunion.

Telles avaient été les considérations qui avaient déterminé la résolution des généraux alliés'.

Napoléon ne reconnut pas immédiatement, on va le voir, la force réelle des Prussiens. Les mouvements de terrain, les massifs d'arbres, la hauteur des moissons trompèrent son œil si exercé. 11 ne s'expliquait pas d'ailleurs comment Blùcher aurait massé là une grande partie de ses forces pour risquer un combat isolé, tandis que l'intérêt évident du général prussien et du général anglais était de ne combattre qu'après leur réunion. Mais ce qui lui paraissait inexplicable lui aurait semblé tout naturel, s'il eût pu savoir ce qui se passait alors en face de lui, au moulin de Bussy. Là, en effet, Bliicher, qu'il croyait encore peut-être à Namur, Wellington, qu'il croyait à

Bruxelles, concertaient une action commune pour la journée même.

« Mon armée se rassemble aux Quatre-Bras, disait ce dernier ; j'aurai bientôt assez de forces sur ce point pour tenir en échec tout ce qui s'y présentera et vous porter, ici même, une aide puissante. A quatre heures, je serai ici (1). »

Sur cette assurance, le général prussien se décidait à recevoir la bataille, qu'il aurait pu éviter.

Coïncidence remarquable! Blùcher et Wellington convenaient d'une manœuvre qui était la contre-partie de celle que Napoléon avait prescrite à Ney quelques heures plus tôt et qu'il allait lui ordonner de nouveau en lui recommandant de l'opérer le plus rapidement possible avec la masse de ses troupes.

Mais Wellington devait manquer à Blùcher, comme Ney à Napoléon. Des deux côtés, le temps perdu ne devait pas se retrouver.

A deux heures, le chef de l'armée française avait pris son parti. Il fit écrire à Ney par le major général :

« En avant de Fleurus, le 16 juin, à deux heures.

» L'empereur me charge de vous prévenir que l'ennemi a réuni un corps de troupes entre Sombreffe et Brye, et qu'à deux heures et demie M. le maréchal Grouchy, avec les 3e et 4e corps, l'attaquera.

» L'intention de Sa Majesté est que vous attaquiez aussi ce qui est devant vous, et qu'après l'avoir vigoureusement pressé, vous vous rabattiez sur nous pour concourir à envelopper le corps dont je viens de vous parler. Si ce corps était enfoncé auparavant, alors Sa Majesté ferait manœuvrer dans votre direction pour hâter également vos opérations..

» Instruisez de suite l'empereur de vos dispositions et de ce qui se passe sur votre front. »

(1) Dcr Feîdzûg von 1815 in Frankrcicli, hinterlassene werke des gênerais Cari von Clauzewitz. VIII band. Berlin 1835.

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