CHAPITRE DEUXIEME
une circulaire officielle, annoncèrent à nouveau la prochaine venue de l'impératrice et de son fils.
Les courriers expédiés par le cabinet des Tuileries étaient arrêtés aux frontières d'Allemagne et d'Italie; ils ne parvenaient à Londres qu'à l'aide de mesquins subterfuges. La France était mise en état de blocus, on le disait partout. Napoléon faisait répandre le bruit qu'il n'y avait là aucun sujet d'alarmes sérieuses; c'était un fait accidentel, un malentendu qui allait s'éclaircir. Il faisait dire qu'on négociait; et il affichait, au Moniteur, une lettre adressée aux rois (ses frères), sorte d'idylle où il les conviait à jouir tranquillement des charmes de la paix.
Il faisait nier l'existence du traité de coalition, conséquence de la déclaration du 15 mars.
Puis, quand l'opinion publique commençait à entrevoir la vérité derrière ces fourberies, il cherchait à l'égarer dans des illusions nouvelles.
Un long rapport signé par le ministre des relations extérieures paraissait au Moniteur. Napoléon, car c'était bien lui qui parlait, avouait l'existence de la déclaration du congrès de Vienne, l'arrestation des courriers de cabinet à la frontière étrangère ; il avouait aussi qu'il paraissait certain qu'un accord avait été signé, le 25 mars, consacrant l'ancienne alliance deChaumont; que, sur tous les points de l'Europe, on s'armait, on marchait ou on était prêt à marcher; mais, ajoutait-il, le but de cet accord, de ces préparatifs militaires était peut-être purement défensif. Et, pour mieux atténuer la portée de ces aveux tardifs et pénibles, les ministres de la police, des finances, de la justice, adressaient à leurs agents, c est-à-dire aux fonctionnaires immédiatement en contact avec les masses, des circulaires où ils disaient que, sans doute, la France n'aurait pas à combattre pour son indépendance, que les puissances étrangères reconnaîtraient les décrets de la Providence qui venaient de rétablir Napoléon sur le trône.
Le Moniteur reprenait ensuite la parole, fixant à quatre cent mille hommes la force extrême des armées de la coalition et montrant même, parmi ces quatre cent mille soldats, plus de cent mille Badois, Wurtembergeois, Belges, Hollandais, Saxons, Bavarois prêts à se débander.
D'autres espérances étaient excitées encore avec ardeur, entretenues avec soin et persévérance.
Appuyée sur une partie de la presse, sur les manifestations, les pétitions d'impuissants meetings, une minorité s'agitait dans le parlement anglais, protestant contre la politique du congrès de Vienne, réclamant la paix contre le ministère qui préparait la guerre. Napoléon faisait exagérer dans ses journaux semi-officiels la valeur de cette opposition : la minorité grandissait de jour en jour; elle allait conquérir la majorité, le ministère, et frapper soudainement d'impuissance la coalition, en lui refusant les trésors de la Grande-Bretagne promis par Liverpool et Castlereagh.
En même temps, il montrai!, sur la carte du continent, les territoires dépecés, partagés à Vienne, comme autant de causes infaillibles de discorde entre les souverains coalisés. A l'entendre, ils étaient plus près d'en venir aux mains entre eux que de porter l'invasion sur le sol de la France.
Enfin, c'étaient les peuples opprimés qui se préparaient à s'insurger contre leurs princes, à secouer le joug, à dissoudre les armées de la Prusse, de l'Autriche, de la confédération germanique. Par delà le Rhin, par delà les Alpes et les Pyrénées, ils appelaient « leur libérateur. » Comme s'il eût l'ait autre chose, pendant tout un long règne, lui, « le libérateur, » qu'opprimer toutes les nationalités! Allemands, Italiens, Hollandais, Portugais, Espagnols, tous avaient senti s'appesantir sur eux le poids de la conquête; tous avaient été serrés dans les étreintes d'un despotisme violent et rapace, et le plus odieux de tous, celui de l'étranger.
Napoléon avait passé sa vie à tromper les rois. Les rois ne