‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 72 sur 261 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

Les mouvements préparatoires de la lutte sont achevés de part et d'autre. Sur le front des deux armées tout est silencieux. Trois coups de canon éclatent à intervalles égaux tout près de Fleurus : c'est Napoléon qui donne à Vandamme le signal de l'attaque.

Deux heures et demie viennent de sonner au clocher de Saint-Amand.

La division Lefol se forme en trois colonnes et marche sur ce village, précédée d'une ligne de tirailleurs, au bruit des tambours et des musiques, qui, par un anachronisme bizarre, mêlent les airs de la Révolution aux cris de «Vive l'empereur!» poussés avec ardeur par les soldats.

Embusqués derrière les arbres, les haies, les clôtures, les barricades élevées à toutes les issues, couverts par des murs crénelés, les Prussiens attendent froidement; et, dès que les colonnes françaises arrivent à portée, une violente fusillade éclate sur elles dans toute la longueur de Saint-Amand. Sans se laisser émouvoir, les soldats de Lefol précipitent leur marche, à travers les jardins et les vergers, abordent le village, y pénètrent malgré une vive résistance, en chassent les trois bataillons qui l'occupent et les rejettent sur le ruisseau. Poussant leur succès, ils vont franchir cet obstacle. Mais ils reçoivent le feu de plusieurs bataillons et la mitraille de huit pièces en position au sommet du rideau qui domine immédiatement le lit du ruisseau ; et ils sont forcés de revenir s'abriter derrière les maisons.

Le général Steinmetz, chargé spécialement de la défense de Saint-Amand, a sous ses ordres les trois bataillons qui en ont été chassés, six bataillons et la batterie dont le feu vient de faire reculer Lefol. Il rallie les premiers, les appuie par deux bataillons tirés de cette réserve et les ramène sur Saint- Amand. Il échoue dans ce retour offensif. Mais, tout aussitôt, il appelle à lui le reste de sa réserve, se porte de nouveau en avant et entre dans le village avec une partie de ses troupes,

pendant que l'autre partie cherche à tourner la gauche de Lefol, en débouchant au-dessus, près du château.

Vandamme, alors, fait entrer en ligne une partie de la division Berthezène à gauche de Lefol, vers le château et la ferme qui s'y relie; et, en même temps, il ordonne à la division Girard de marcher contre le Hameau et la Haye (1).

Un combat des plus meurtriers s'engage sur le front de bataille ainsi agrandi. Il a pour résultat un nouvel échec des Prussiens. Encore une fois, Steinmetz est refoulé au delà du ruisseau. Mais les abords en sont battus, maintenant, par vingt-quatre bouches à feu. Lefol et Berthezène ne peuvent déboucher. Ils se replient sur Saint-Amand.

Le château et la ferme, bien clos de murs et occupés par un demi-bataillon, sont emportés; et là, non plus, on ne peut déboucher, sous le feu de l'artillerie opposée.

Pendant cette lutte, Girard a enlevé le Hameau et la Haye vigoureusement défendus par trois bataillons.

Maître de Saint-Amand et de la Haye, Vandamme devenait très-menaçant. Son artillerie, retardée jusque-là par les difficultés du terrain, commençait à arriver en ligne. Un coup de vigueur heureux que viendrait appuyer la garde, pouvait, d'un moment à l'autre, le porter, de la Haye, jusqu'à Brye, jusqu'au moulin de Bussy, lui donner la clef du champ de bataille de Blûcher et la chaussée de Nivelles à Namur.

De la hauteur de Bussy, le général prussien, observant les péripéties de la manœuvre de Vandamme, avait vu le danger et pris immédiatement des dispositions pour y parer.

La division Pirch II (corps de Zieten) quittait sa position près de Brye et s'avançait pour reprendre la Haye. Le général Jùrgas devait seconder ce mouvement avec les trois brigades de cavalerie (corps de Pirch I) dont il était le chef, et la divi-

(1) Nous désignons ainsi, pour éviter la confusion, Sainl-Amand-le- Hameau et Saint-Amand-la-Haye.

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