‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 75 sur 261 · CHAPITRE HUITIÈME. W · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME. W

immenses acclamations couvertes à peine par le bruit du canon ; et, dès qu'ils les virent à portée, ils dirigèrent sur eux un feu meurtrier qui ralentit, puis arrêta leur marche. Mais ce moment d'hésitation fut à peine sensible. Contre ces adversaires, abrités par des haies, des fossés, des murs crénelés, des barricades, et malgré les boulets qui battaient leur flanc, les trois colonnes françaises reprirent leur mouvement et arrivèrent jusqu'aux premières clôtures.

La résistance, alors, devint si vive, qu'elles furent forcées de reculer. Par deux fois, elles revinrent à l'attaque et sans plus de succès. Il fallut un quatrième assaut pour les mettre en possession des jardins et des vergers formant les abords de Ligny.Mais, aussitôt, les Prussiens se rallient, appuyés par une partie de leurs réserves, et reprennent , dans un combat opiniâtre où l'on se fusille à bout portant, tout le terrain perdu.

Des deux côtés les pertes sont déjà considérables. Nos obus ont allumé des incendies sur plusieurs points; le château est en feu.

Gérard renforce ses colonnes. Un nouveau choc a lieu. L'ennemi le reçoit de pied ferme; mais il plie, enfin, sous l'impétuosité française. Les jardins, les vergers sont enlevés de nouveau, l'accès des rues est forcé; les généraux Vichery et Pécheux pénètrent jusqu'au milieu du village, atteignent le ruisseau et le dépassent.

Le château, cependant, tient encore, ainsi qu'un groupe de maisons voisines.

En ce moment, Jagow se met à la tête des deux derniers bataillons restés en réserve, d'un troisième, détaché de la division Krafft et que Blùcher vient d'envoyer. Il pousse droit au centre de Ligny, par la grande rue, force les Français à repasser le ruisseau et le franchit lui-même.

Alors s'engage, dans le village entier, une des luttes les plus acharnées dont l'histoire ait gardé le souvenir. Prussiens

et Français sont confondus dans la plus effroyable mêlée, donnant et recevant la mort sans que nul songe à demander quartier. Les officiers eux-mêmes ont pris le fusil. Ce n'est pas un combat, ce sont mille combats qui se livrent à la fois. Chaque rue, chaque bâtiment, chaque clôture est attaquée et défendue avec fureur. On se fusille, on se déchire à la baïonnette, on s'assomme à coups de crosse, sur les degrés des maisons, dans les chambres, dans les étables; on se poursuit, on se tue jusqu'au milieu des incendies qui éclatent à chaque instant. La bravoure est devenue de la rage, de la férocité.

« Ces hommes, a dit un écrivain étranger, s'attaquaient avec toute la fureur de la haine personnelle. Il semblait que chacun eût rencontré dans son adversaire un ennemi mortel et se rejouît d'avoir trouvé le moment de la vengeance. » Rien n'est plus vrai.

Gérard, à son tour, est bientôt obligé de porter ses dernières réserves sur ce champ de carnage. Elles y entrent, animées d'une indicible ardeur. Mais ce renfort ne suffit pas. Blûcher vient de diriger sur Ligny deux bataillons de la division Henkel, qui étaient encore au moulin de Bussy. L'attaque et la défense continuent avec des chances diverses et une rage égale. Le combat s'est étendu progressivement, dans le lit du ruisseau, d'un côté jusque vers Saint-Amand , de l'autre jusque vers la ferme de Potriaux.

A cinq heures et demie, l'aide de camp Gourgaud, qui a suivi les opérations de Gérard, arrive près de Napoléon, demeuré jusque-là en avant de Fleurus, et lui apprend que rien n'est encore décidé pour la possession de Ligny (1).

A l'aile droite de l'armée française, où commandait Grouchy, la journée était bien loin d'avoir le même caractère qu'au centre et à l'aile gauche.

Ce maréchal n'avait, maintenant, sous ses ordres que la

(1) Campagne de 1815, par Gourgaud.

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