CHAPITRE DEUXIÈME
croyaient plus à sa parole. Il leur jurait qu'il n'aspirait qu'à la paix; et ils armaient en toute hâte contre lui.
Il avait trompé les peuples. Les peuples faisaient cause commune avec les rois, redoutant d'être foulés encore par ses conquêtes, de redevenir la proie de son ambition, de la cupidité de sa famille et de ses lieutenants civils et militaires. Certes, Napoléon ne s'abusait pas sur ces dispositions unanimes, exaspérées de l'Europe; il voyait la guerre inévitable et près de fondre sur lui, sur la France.
Dans sa prison de Sainte-Hélène, quand il arrangeait son personnage pour le poser devant la postérité, il a dit, il est vrai, qu'en 1815 il y avait des chances de paix, et il a accusé Murât, son beau-frère, de les avoir détruites par sa folle et ridicule tentative sur l'Italie. Mais cette accusation ne repose sur aucun fondement.
La déclaration du 13 mars, rédigée par Talleyrand, mais présentée par l'Autriche elle-même au Congrès, est bien antérieure à la levée de boucliers du parvenu qui se trouvait trop à l'étroit dans le royaume de Naples.Son irruption dans Rome n'était pas connue à Vienne, quand fut signé le traité de coalition, qui n'était, d'ailleurs, que la conséquence prévue, obligée, de la déclaration du 15 mars. Enfin, la proclamation où il appelait les Italiens aux armes porte la date du 31 de ce même mois.
Sa tentative fut donc complètement étrangère aux décisions du Congrès et spécialement à la conduite de l'Autriche.
Il faut le remarquer, au reste, Murât, même après son insuccès, ne fut pas désavoué par Napoléon. Pendant le peu de jours où la fortune parut sourire à l'armée napolitaine, le Moniteur et le Journal de l'Empire en firent grand bruit. Le télégraphe joua même pour apprendre au public des victoires que Murât ne remporta jamais. Quand il fut battu, mis en déroute, ils constatèrent très-tardivement le fait; et ne parlèrent plus de lui que pour annoncer son arrivée en France.
Mais, pour un désaveu quelconque de sa conduite, il n'en fut publie', ni même enregistré aucun, nulle part. Il y a loin de là aux amères récriminations formulées, après Waterloo, dans les angoisses de la captivité.
La vérité est peut-être que Murât n'agit ainsi qu'en se conformant aux intentions de Napoléon. C'est là, du moins, ce qu'il a affirmé dans une lettre de juillet 1815, adressée à Fouclié. « Je répondrai, y dit-il, à ceux qui m'accusent d'avoir commencé les hostilités trop tôt, qu'elles le furent sur la demande formelle de l'empereur. » Et, dans une autre lettre, antérieure d'un mois à celle-ci, il disait au milieu de tristes épanchements à une personne qui lui était chère : « Le roi Joseph m'écrivait : « L'empereur m'ordonne de vous écrire de vous porter rapidement sur les Alpes. »
S'il eût existé des chances de paix que la tentative de Mural aurait détruites, il faudrait donc, selon toute apparence, n'en accuser que Napoléon lui-même, qui aurait précipité la prise d'armes de son heau-frère, dans l'espoir sans doute d'intimider le congrès de Vienne par le soulèvement de tout un peuple. Mais, nous y insistons, les résolutions des souverains étaient arrêtées, formulées en actes, avant qu'elles eussent pu être déterminées par la conduite du roi de Naples.
Des chances de paix ! il n'y en avait qu'une, celle que pouvait donner la victoire. L'assertion contraire, tardivementvenue de Sainte-Hélène à la charge de Murât, comme tant d'autres assertions et accusations que Napoléon a fait retentir dans le monde par la voix complaisante de ses compagnons de captivité, a été calculée pour atténuer la responsabilité qui pèse sur sa mémoire. Responsabilité bien lourde à porter, en effet, que celle d'avoir attiré sur la France les désastres de deux invasions, de l'avoir prise avec les limites du Rhin et de l'avoir laissée vaincue, subjuguée, réduite à des frontières plus resserrées que celles de l'ancienne monarchie !
La paix, si tant est que Napoléon vainqueur l'eût jamais