‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 80 sur 261 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

bien fatiguées, bien réduites, il est vrai, avaient été retirées de la lutte et lui offraient des ressources.

Il venait d'apprendre qu'il n'avait plus à compter sur le secours des Anglo-Hollandais, violemment engagés eux-mêmes aux Quatre-Bras, disaient les derniers avis reçus. Mais, loin d'être ébranlé, il restait plein de confiance. Il crut même le moment venu d'un dernier effort qui lui donnerait le gain de la journée, et résolut de frapper un grand coup sur la gauche de son ennemi, de la déborder, de l'écraser et de saisir, enfin, la chaussée de Fleurus. C'était pour cette manœuvre même qu'il avait compté sur l'appui des Anglo-Hollandais. Mais, Wellington lui manquant, il allait tenter seul ce qui avait dû se faire à deux.

Il dirige sur la Haye trois bataillons de la division Langen (corps de Pirch I) qui n'ont pas encore donné, deux bataillons de celle de Steinmetz, si rudement atteinte au commencement de la bataille; et la division Tippelskirchen, qui vient d'être si maltraitée aussi et n'a guère eu que le temps de regarnir ses gibernes, reçoit l'ordre de rentrer en ligne.

Le vieux maréchal galope sur le flanc de ses colonnes, les anime du geste et de la voix; leur promet la victoire pour prix d'une dernière rencontre; pousse en avant Brause et Pirch II, toujours aux prises avec Duhesme et Habert, et étend de plus en plus sa ligne à droite du Hameau, de manière à envelopper la gauche de Vandamme. La cavalerie de Jùrgas couvre encore ce mouvement.

Duhesme et Habert plient sous le choc. Mais la brigade de chasseurs à pied de la garde vient les soutenir; les glorieux débris de la division Girard reviennent au feu ; Domon et Subervie tiennent en respect les escadrons de Jùrgas. Le nouvel effort de Blùcher est arrêté. De Saint-Amand à la Haye, de la Haye au Hameau et plus loin encore, la lutte est furieuse.

On en est là jet Blïicher, irrité, exaspéré de l'arrêt que subissent ses troupes, se multiplie en vain au milieu d'elles, les

excitant à avancer, quand tout à coup il s'éloigne au galop le plus vite de son cheval.

Il vient d'apprendre que sa présence est indispensable sur un autre point du champ de bataille.

Les réserves conduites par Napoléon avaient, en effet, continué leur marche et frappé un terrible coup.

Arrivées à hauteur de Ligny, toujours disputé par Gérard, elles avaient été disposées pour l'attaque : l'artillerie allant immédiatement contre-battre les batteries prussiennes; les bataillons de la garde serrant en masse face au village ; la cavalerie en arrière, prête à suivre la route qu'ils étaient chargés d'ouvrir. Ils devaient pénétrer dans Ligny, achever de le déblayer et marcher ensuite au plateau de Bussy, clef du champ de bataille.

Après quelques instants donnés au jeu de l'artillerie (1), la charge avait battu ; la redoutable phalange avait défilé devant Napoléon, qui lui montrait, à travers les fumées de la poudre et des incendies, la position à emporter; et elle s'était précipitée sur Ligny, ivre d'enthousiasme et de fureur, aux cris de «Vive l'Empereur! pas de quartier! » Le feu croisé des batteries ennemies ; les rues encombrées de cadavres et de blessés, les maisons en flamme, une résistance désespérée n'avaient pu arrêter son élan. Le soleil venait de disparaître à l'horizon, enveloppé d'orageux nuages, quand elle avait paru de l'autre côté de Ligny, précédée par les vaillants soldats de Gérard (2).

En ce moment, le centre de l'armée prussienne était affai-

(1) Pendant la courte halte de la garde devant Ligny, le général Roguet, colonel en second des grenadiers à pied, avait réuni les officiers et sous-officiers, et leur avait dit : « Prévenez les grenadiers que le premier qui m'amènera un Prussien prisonnier sera fusillé. » Paroles féroces auxquelles, à deux jours de là, devaient répondre de féroces représailles.

(2) « L'armée débouche en ce moment du village pour poursuivre l'ennemi. » (Lettre du major général Soull à Joseph Bonaparte, dalée du 1G juin, à huit heures et demie du soir, eh arrière de Ligny.)

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