‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 81 sur 261 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

bli par le départ des troupes récemment dirigées sur la Haye, par l'envoi vers Potriaux du reste de la division de Steinmetz, suite d'un malentendu, dit-on. Stïilpnagel et Borcke restaient intempestivement, l'un sur Sombreffe, l'autre vers Potriaux ; et chacun d'eux avait même détaché deux bataillons dans le lit du ruisseau, près du pont.

Pour repousser la garde, il ne restait à portée de Ligny qu'un bataillon de Langen, les restes de la division Henkel et la cavalerie du corps de Zieten.

À leur sortie du village, les bataillons de Gérard et ceux de la garde s'étaient arrêtés pour se reformer avant de gravir la pente du plateau, où les Prussiens chassés de Ligny se balaient de se reformer ausssi.

Ce fut alors que Blùcher, accouru de la Haye, revint au centre de sa ligne. La vue de l'imminent péril ne troubla pas son courage.

Sa présence rend confiance à ses troupes ébranlées. Elles se remettent en ordre; leurs bataillons, leurs batteries couronnent le plateau, et la cavalerie se prépare à les appuyer.

L'infanterie française a repris sa marche.

Les Prussiens la laissent avancer; mais, dès qu'elle arrive à portée, elle reçoit un feu violent d'artillerie, suivi bientôt d'une fusillade meurtrière; et, simultanément, quatre escadrons de uhlans conduits par le colonel Liitzow débouchent sur son flanc droit. Cette charge audacieuse est arrêtée par un bataillon de la garde qui s'est formé en carré et renverse de son feu le quart des uhlans ; et Liitzow, l'ardent patriote, l'intrépide partisan de 1815, tombe sous son cheval tué, et reste prisonnier.

Huit autres escadrons renouvellent la tentative. Ils sont sabrés et culbutés par les cuirassiers de Delort (corps de Milhaud), qui viennent de traverser Ligny, suivis des dragons et grenadiers de la garde et annoncent ainsi leur entrée en ligne.

D'autres charges sont successivement fournies avec des chances diverses par ces escadrons ralliés, par d'autres encore du corps de Zieten ; mais, comme le feu de l'artillerie et de l'infanterie, elles retardent , sans l'empêcher, la marche des Français.

Dans une de ces extrêmes tentatives pour conjurer la défaite, l'indomptable Blùcher a son cheval tué. Il tombe et reste embarrassé sous sa monture. Nos cuirassiers passent sans l'apercevoir. Il n'est sauvé que par le courage du capitaine Nostiz, son aide de camp, et un retour de ses escadrons qui ramènent les cuirassiers (1).

Enfin, les Français sont au moulin de Bussy; et ils restent maîtres du plateau, après une mêlée où des carrés prussiens sont rompus à la baïonnette, et d'autres enfoncés par les grenadiers et dragons de la garde, par les cuirassiers.

Vers la chute du jour, hâtée par les nuages qui couvrent le ciel et commencent à verser une pluie d'orage, le centre de l'armée prussienne se replie en désordre, sur Brye, sur la chaussée de Nivelles, sur Sombreffe. Sa défaite précipite la retraite de l'aile droite et de l'aile gauche, qui a commencé dès que Ligny a été enlevé et le plateau menacé.

En sortant de Ligny, la division Vichery avait fait tête de colonne à droite, soutenue par la division Wathier (corps de Milhaud) et marché sur Sombreffe. Steinmetz et Stiilpnagel se portaient alors sur le moulin de Bussy. Vichery avait culbuté le premier et replié le second sur Sombreffe (2) ; après un combat court mais très-vif. Au même moment, Hulot avait enlevé Potriaux, le pont sur la chaussée, nettoyé les maisons adjacentes et ouvert

(1) L'aide de camp Nostiz, voyant tomber son général, resta près de lui ; et, quand les escadrons prussiens revinrent, il appela à l'aide. Bliicher, tout froissé et encore étourdi de sa chute, fut mis sur le cheval d'un sousofficier et emmené ainsi derrière Brye.

(2) « Stiilpnagel eut huit cent cinquante hommes hors de combat. » — Damitz.

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