‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 82 sur 261 · CHAPITRE HUITIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME

la voie à la cavalerie. Elle avait débouché aussitôt, la division Maurin (corps de Gérard) en tête, repliant tout devant elle ; mais elle avait dû s'arrêter en deçà du Point-du-Jour, où les divisions Borcke, Luck et Kemphen se massaient tout entières. Dans une dernière charge, le brave Maurin avait été grièvement blessé.

Vers neuf heures et demie, le corps de Lobau, qui venait de traverser Ligny, passa en première ligne entre Brye et Sombreffe. Pendant quelques instants, on l'entendit tirailler avec des fractions de corps prussiens qui cherchaient à se réunir. La cavalerie eut encore çà et là quelques rencontres partielles. Mais bientôt toute action cessa, Napoléon n'ayant pas voulu risquer une poursuite de nuit ; et l'armée française prit ses bivacs.

Vandamme s'établit en avant de Saint-Amand, de la Haye et deWagnelée; Lobau, sur le plateau de Bussy, ayant Gérard à sa droite, la garde et les cuirassiers de Milhaud en seconde ligne; Grouchy avec la division de Hulot, à Potriaux et au coude du Ligny.

Aux derniers monientsdu jour, Iadivision Durutteet presque toute la cavalerie de Jacquinot, détachées du corps d'Erlon étaient arrivés à Wagnelée; elles y restèrent.

Les Prussiens gardèrent Brye par une forte arrière-garde; les corps de Zieten et de Pirch I se retirèrent sur Tilly; celui de Thielmann occupa Sombreffe et fut massé entre ce bourg et le Point-du-Jour.

Ces dispositions étaient le résultat des ordres donnés par le général Gneisenau, chef d'état-major de l'armée prussienne, au moment où l'on avait cru le général en chef tué ou prisonnier. Elles s'exécutèrent avec si peu d'empêchement de la part des Français, que les divisions Steinmetz et Henkel, qui avaient été, en grande partie, refoulées sur Sombreffe, purent rejoindre leur corps en suivant la chaussée de Nivelles. Du moulin de Bussy à cette chaussée, il n'y a pourtant qu'un millier de mètres.

A onze heures, Napoléon rentra à Fleurus, où il établit son quartier général.

Il avait battu l'armée prussienne. Le début de la campagne était une victoire. Mais c'était une victoire qui ne laissait entre nos mains que vingt-cinq ou trente pièces d'artillerie et quelques milliers de blessés.

Des deux côtés les pertes étaient considérables.

Les historiens prussiens portent celles de Blùcher à onze ou douze mille hommes. Mais leur évaluation est trop faible; on en trouve la preuve dans leurs récits mêmes, et il n'y a pas d'exagération à l'élever à dix-huit mille hommes (4).

Napoléon, dans ses Mémoires, dit qu'il eut seulement six mille neuf cent cinquante hommes hors de combat. Il donne même un état numérique, par corps, de ces pertes. Mais l'état est malheureusement inexact. On y voit figurer, par exemple, le corps de Gérard pour 2,300 hommes tués et blessés, tandis qu'il en eut 3,086 (2); et la garde, toutes armes réunies, pour deux cents, tandis qu'elle en eut plus de mille.

(1) En réunissant les indications données par Wagner et Damitz dans le cours de leurs relations, on voit que neuf divisions d'infanterie perdirent 11,388 hommes, officiers compris. Les trois divisions d'infanterie sur lesquelles ces écrivains ne fournissent pas de renseignement sont celles de Pirch II, de Jagow et de Borcke. Les deux premières, très-longtemps et très-fortement engagées, durent perdre ensemble autant que celles de Steinmetz et de Henkel, c'est-à-dire près de cinq mille hommes. La division Borcke, très-peu engagée, n'eut pas plus de trois cents hommes hors de combat. Tout ceci porte évidemment les pertes de l'infanterie prussienne à seize mille hommes, auxquels on doit en ajouter quinze ou seize cents perdus sans doute par la cavalerie et l'artillerie. Plolho (der Krieg der verbundeten Europa gegcn Frankreich imjahre 1815. — Berlin, 1818) donne en bloc les pertes de chaque corps d'armée, depuis le 15 juin jusqu'au 3 juillet. Elles sont ensemble de 35,000 hommes, ce qui, on le verra par la suite, confirme, à bien peu près, le chiffre de dix-buit mille que nous fixons pour la bataille de Ligny.

Dans son bulletin, Napoléon dit : « La perte de l'ennemi ne peut être moindre de quinze mille hommes. »

(2) « A Ligny, 3,686 officiers et soldats ont été mis hors de combat

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