‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 84 sur 261 · CHAPITRE HUITIEME. J6S · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIEME. J6S

arrêté, et sans doute aussi la contenance de l'ennemi à ses deux ailes. Mais, au mois de juin, les nuits sont très-courtes; ce qu'il n'avait pas fait le soir même, le ferait-il le lendemain dès les premières lueurs du jour? La question était là. Le succès de Ligny avait heureusement préparé la solution; il ne l'avait pas mise à fin.

Il en aurait été bien autrement, si Napoléon eût montré, dans la journée qui venait de finir, l'activité, la résolution de ses jeunes années.

Lui-même l'a écrit, il avait eu le projet de porter, dès la veille, son quartier général à Fleurus. Il n'avait pu le réaliser, a-t-il assuré; soit! Mais l'impossibilité de la soirée du 15 juin n'existait pas dans la matinée du 16. Il avait dépendu de lui seul d'ordonner pour le point du jour les mouvements qu'il n'ordonna que de huit à neuf heures du matin : les mouvements qui portèrent en avant sur la route de Bruxelles son lieutenant de l'aile gauche et, sur Fleurus, la partie de l'armée restée sous son commandement immédiat. Il avait pu, par conséquent, livrer, dès sept ou huit heures du matin au plus tard, la bataille qu'il n'entama que dans l'après-midi, à deux heures et demie passées.

Or, à sept, à huit heures, il n'y avait, sur Ligny, que le corps de Zieten et trois divisions de Pirch I. La quatrième division de celui-ci et le corps de Thielmann n'y arrivèrent que vers onze heures.

Dans une telle situation, et Bùlow étant encore en arrière de Hannut, Bliicher aurait sans doute cherché à éviter une rencontre en se repliant, soit sur ses renforts immédiats, vers Namur, soit par la voie romaine sur Hannut ; mais, dans l'un et l'autre cas, il aurait perdu la direction de Wavre et Bruxelles, il se serait vu séparé des Anglo-Hollandais ; et, la bataille évitée à Ligny, il aurait été forcé de la recevoir, poursuivi, entassé par Napoléon dans les défilés de la Meuse ou dans ceux de Gembloux, et sa perte serait devenue certaine.

Si, au contraire, il se fût décidé à tenir ferme sur le plateau de Ligny, il aurait été abordé avant d'avoir eu le temps de se fortifier dans les villages, et battu plus promptement qu'il ne le fut; et, lors même qu'il serait parvenu à différer sa défaite autant qu'il la différa ayant été beaucoup plus tardivement attaqué, la nuit ne lui serait pas venue en aide assez tôt pour suspendre la poursuite du vainqueur. Napoléon, ayant devant lui de longues heures de jour, aurait complété sa victoire, détruit la plus grande partie de l'armée prussienne et mis le reste hors d'état de rien entreprendre de sérieux avant longtemps.

Les irrésolutions, les lenteurs de la matinée du 16 juin avaient donc été une faute capitale ; et les conséquences devaient même, on le verra, s'en faire sentir sur un autre champ de bataille, à notre aile gauche, où commandait le maréchal Ney.

Mais cette faute n'était pas restée la seule de la journée.

A six heures et demie du soir, lui-même l'a écrit encore, Napoléon avait connu, avec certitude absolue, la présence, à moins d'une lieue de Saint-Amand, du corps entier de d'Erlon ; et il n'en avait tiré aucun parti, tandis qu'un seul ordre rapidement transmis, ces cinq mots : « Le 1er corps au feu (1) ! » auraient amené avant huit heures sur le champ de bataille vingt mille hommes et quarante-six bouches à feu; vingt mille hommes qui, marchant droit sur Wagnelée et la Haye, auraient changé en un désastre la défaite des Prussiens, les auraient rejetés, rompus, disloqués, en déroute, loin des chemins de Wavre, dans la vallée de la Meuse, et impuissants désormais à se réunir aux Anglo-Hollandais.

On a cru excuser Napoléon, en disant que l'approche du 1er corps dut lui sembler une indication suffisante de la

(1) « La garde au feu! » tel fut, on le sait, l'ordre laconique écrit au crayon et envoyé par Napoléon à la garde impériale pour l'appeler sur le champ de bataille de Lutzen.

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