CHAPITRE HUITIEME
prochaine arrivée de Ney, et qu'il voulut laisser au maréchal le soin de diriger ses colonnes. C'est une erreur; car l'aide de camp envoyé en reconnaissance avait évidemment rapporté les circonstances du mouvement du 1er corps; et ces circonstances, nous le verrons bientôt, loin d'impliquer l'arrivée du maréchal Ney, exigeaient, au contraire, qu'une prompte direction fût donnée à d'Erlon par Napoléon.
Le chef de l'armée française, n'ayant pas utilisé d'Erlon, dont l'intervention aurait été décisive, n'avait pas non plus employé Lobau. A coup sûr, il y avait eu là une seconde faute.
Laissé à Charleroi, pendant que l'armée se portait en avant» Lobau n'avai't reçu que fort tard l'ordre de marcher sur Fleurus; mais il était arrivé à hauteur de cette ville vers six heures et demie, au moment même où allait se frapper le grand coup sur Ligny.
Le corps de Lobau était fort de dix mille cinq cents hommes.
Si Napoléon l'eût dirigé immédiatement sur notre gauche, il aurait donné à cette partie de notre ligne une prépondérance telle, que la droite des Prussiens aurait été écrasée, mise en désordre comme leur centre, la chaussée de Nivelles occupée, les chemins de Wavre coupés, et Blùcher forcé de se retirer sur Namur, après des pertes bien autrement considérables que celles qu'il éprouva.
Les résultats d'une pareille manœuvre étaient si évidents, qu'il est impossible d'expliquer l'inaction où fut laissé Lobau, à moins d'admettre que Napoléon jugea nécessaire de le garder en réserve pour parer à l'apparition subite d'un nouveau corps prussien ou d'une colonne anglo-hollandaise. Dix ans plus tôt, il n'aurait pas montré tant de circonspection.
Au contraire du général français, Blùcher avait fait preuve de beaucoup d'activité, et d'une grande résolution.
Bùlow lui avait manqué; Wellington lui avait manqué; et cela n'avait diminué ni sa fermeté, ni même son audace.
Mais il avait fait des fautes.
II s'était trop étendu vers la gauche, et, se laissant abuser par les démonstrations de Grouchy, il avait maintenu, toute la journée, de Sombreffe à Tongrinne une force double de celle qui était nécessaire, tandis que son centre s'était constamment affaibli. On a ten!é de le justifier en disant qu'il avait dû ne pas compromettre la route de Namur. Mais la raison est mauvaise; car, vainqueur, il gardait cette communication, et, vaincu, il devait forcément y renoncer pour prendre une nouvelle ligne d'opérations, qui le rapprochât de celle des Anglo-Hollandais.
Deux divisions de Thielmann ne furent, pour ainsi dire, pas engagées (1); et, si elles eussent été rapprochées à temps de Ligny, elles auraient peut-être conjuré la défaite.
Blùcher avait eu le tort aussi de porter, à son aile droite, une masse de cavalerie qui y fut inutile et qui manqua au centre, au moment décisif, et le tort plus grave de persister à forcer la gauche des Français après avoir appris que Wellington ne viendrait pas, et quand Napoléon disposait encore d'une forte réserve, ce qu'il aurait dû avoir reconnu.
Enfin, un reproche auquel il nesaurait échapper, c'est d'avoir engagé trop tôt une grande partie de ses troupes.
Blûcher, vaincu, ne s'est pas répandu en récriminations amères contre Bùlow, son lieutenant, qui n'arriva pas sur le champ de bataille par trop de lenteur dans l'exécution de ses ordres ; contre Wellington, son allié, qui lui promit une aide vainement attendue. Il a laissé à l'histoire le soin d'apprécier ses cruels mécomptes.
Napoléon, vainqueur, ne l'a pas imité.
II a fait violemment le procès au maréchal Ney , le déclarant convaincu d'avoir méconnu ses ordres et empêché ainsi
(i) La division Luck, notamment, n'eut que quatre-vingt-dix-huit hommes hors de combat. — Wagner.