CHAPITRE NEUVIEME
16 Juin. — Quatre-Bras. — Ney reçoit, vers dix heures et demie, l'ordre de marcher sur les Quatre-Bras. — Ses instructions aux chefs des corps sous ses ordres. — Forces des Anglo-Hollandais aux Quatre-Bras. — Position des Quatre-Bras. — Dispositions prises par le prince d'Orange.
— Arrivée de Wellington. — Il se rend près de Bliicher. — A deux heures, Ney attaque le prince d'Orange. — Prise de la ferme de Gimionoourt. — Betour de Wellington aux Quatre-Bras. — État du combat à trois heures et demie. — Benforts reçus par les Anglo-Hollandais. — Attaque de Bachelu sur leur gauche. — Il est repoussé. — Attaque de Foy au centre. — Mort du duc de Brunswick. — Progrès de Guilleminot dans le bois de Bossu. — Le prince de Saxe-Weimar bat en retraite. — État du combat à cinq heures et demie. — Wellington reçoit de nouveaux renforts. — Ney appelle Kellermann et une brigade de cuirassiers. — Brillantes charges de cette brigade et de la cavalerie de Pire.
— Déroute des cuirassiers. — La ligne française est ébranlée. — Wellington reçoit encore des renforts. — Ney forcé de battre en retraite.
— II revient sur Frasnes. — Position des deux armées à neuf heures du soir. — Leurs pertes respectives. — D'Erlon rejoint le maréchal. — Ses mouvements pendant la journée.
Le 16 juin, on l'a vu, le maréchal Ney quitta Napoléon, à Cbarleroi, vers deux heures du matin, pour retourner à Gosselies, son quartier général.
Il devait attendre les instructions qui lui seraient envoyées quand le chef de l'armée française aurait pris la résolution qui déciderait des mouvements de la journée, à la gauche, au centre et à la droite.
Il s'était rendu de Gosselies à Frasnes et venait de parcourir la ligne de ses avant-postes, qui tiraillaient, depuis longtemps,
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avec ceux de l'ennemi, sur les hauteurs en avant de ce dernier village, au moment où l'aide de camp Flahaut lui apporta la dépêche reproduite dans le chapitre précédent. Il était dix heures et demie ou un peu moins (1).
Napoléon ordonnait au maréchal, on se le rappelle, de marcher sur les Quatre-Bras, d'y placer six divisions d'infanterie; d'en pousser une autre deux lieues au delà, s'il n'y avait pas d'inconvénient, une autre encore à Marbais sur la droite des Quatre-Bras ; et de laisser le corps des cuirassiers de Kellermann à l'intersection de la voie romaine et de la chaussée de Bruxelles (en arrière de Frasnes), afin qu'il pût être appelé, au besoin, vers Fleurus.
A dix heures et demie, les forces du maréchal étaient ainsi disposées : la division d'infanterie de Bachelu, la cavalerie de Pire et celle de Lefebvre Desnouettes (garde impériale) sur Frasnes; la division Girard à Wangenies près de Fleurus; les divisions Foy et Guilleminot à Gosselies et tout à côté, au bois de Lombuc; le corps de d'Erlon à Jumet et en arrière; les cuirassiers de Kellermann, arrivant de Charleroi, dépassaient Gosselies.
Ney expédia immédiatement un ordre de mouvement conforme aux instructions qu'il recevait (2).
Bachelu dut aller occuper les hauteurs immédiatement en arrière de Genappe ; Foy se porter, en seconde ligne, à Bonterlez; Guilleminot et Girard s'avancer jusqu'aux Quatre-Bras; d'Erlon jusqu'à Frasnes, avec sa cavalerie et trois de ses divisions, en détachant la quatrième sur Marbais ; Pire se rendre aussi sur ce dernier point; Kellermann placer l'une de ses divisions à Liberchies, l'autre à Frasnes, où resterait Lefebvre Desnouettes.
(1) Nous établirons plus loin que c'est en ce moment-là, au plus tôt, que Flahaut arriva près du maréchal.
(2) Cet ordre est signé : « Pour le maréchal prince de la Moscowa, le colonel premier aide de camp, Heymès. »
Reille, chef du 2e corps, se trouvait à Gosselies. Entre ce village et Frasnes, il y a deux lieues et demie; il dut donc recevoir l'ordre du maréchal et mettre en marche, vers onze heures et demie, les divisions Foy et Guilleminot, qu'il tenait prêtes à partir (1).
Ney les attendit, impatient de déblayer le terrain devant lui.
Le prince Bernhard de Saxe-Weimar avait gardé la position qu'il avait prise la veille, en avant des Quatre-Bras, avec sa brigade et une batterie de huit bouches à feu. Perponcher, à la division duquel appartenait cette brigade, avait reçu, à une heure après minuit, à Nivelles, l'ordre qui prescrivait la concentration de toutes ses troupes sur cette ville. Mais, jugeant mieux de la situation des choses que Wellington, qui avait ordonné ce mouvement, à Bruxelles, avant d'avoir pu connaître l'attaque de Frasnes, il avait pris résolument sur lui de ne pas l'exécuter; et, poussant jusqu'au bout la logique de son intelligente désobéissance, il s'était porté, avant le jour, sur les Quatre-Bras, se faisant suivre par sa seconde brigade aux ordres du général Bylandt et sa seconde batterie d'artillerie. Vers quatre heures, il y était arrivé.
A six, le prince d'Orange l'avait rejoint, accourant de Bruxelles par Braine-le-Comte ; et, après de justes félicitations à ce lieutenant si résolu, il avait pris la direction de la défense.
Les Quatre-Bras tirent leur nom de la croisée des grandes
(i) Reille, dans la notice historique déjà citée, dit qu'il commença son mouvement, à onze heures, sur la connaissance que Flahaut, passant par Gosselies, lui avait donnée des instructions de Napoléon. Mais c'est une erreur de mémoire, prouvée par une lettre datée de Gosselies, à dix heures et un quart et adressée à Ney par Reille. Celui-ci y dit, en effet, qu'il a reçu connaissance par Flahaut des ordres de l'empereur ; qu'il tiendra les troupes prêtes à partir ; mais qu'il attendra, pour les mettre en mouvement, l'ordre du maréchal, le général Girard venant de lui faire un rapport annonçant que deux, masses ennemies arrivaient, par la route de Namur, sur Saint-Amand.