‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 87 sur 261 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

routes de Namur à Nivelles et de Bruxelles à Charleroi. La première se dirige à peu près du sud-est au nord-ouest, la seconde du nord au sud. Au point même de leur rencontre, se trouvent sur un plateau légèrement ondulé une auberge, une ferme et deux ou trois maisons.

Ce plateau est soutenu, au sud et à l'est, par une pente assez peu roide dont le pied est dans un petit vallon, à fond raviné, où coule un faible ruisseau qui passe sous la chaussée de Bruxelles et va verser ses eaux dans la Dyle.

A partir de là, le terrain se relève par des ondulations de plus en plus prononcées jusqu'à Frasnes.

Dans l'angle sud-est des Quatre-Bras, à treize ou quatorze cents mètres de ce point, on aperçoit la grande ferme deGimioncourt sur la rive droite du ruisseau que nous venons d'indiquer. Située dans un vaste verger bordé par de longues rangées d'arbres, clos par des haies vives hautes et fourrées, elle touche presque à la chaussée de Bruxelles.

Le hameau de Pireaumont est à l'est de cette ferme et trèsrapproché de la chaussée de Namur et du bois de la Hutte, qui s'étend jusqu'à hauteur de Frasnes.

Dans l'angle sud-ouest des Quatre-Bras, le bois de Bossu s'allonge sur une croupe parallèle à la chaussée de Bruxelles à Charleroi, la laissant à moins de deux cents mètres, aux Quatre- Bras même, où il commence, et s'en écartant progressivement jusqu'à seize ou dix-sept cents. Sa longueur est de près de trois mille mètres; sa largeur moyenne, de cinq ou six cents. Une ferme, dite le grand Pierre-Pont, est près de son extrémité, sur sa lisière est (1).

Le prince d'Orange avait sous la main cinq bataillons de Nassau (brigade Bernhard de Saxe-Weimar), quatre bataillons hollandais (brigade Bylandt), seize bouches à feu, c'est-à-dire sept mille hommes ou un peu plus. Un bataillon belge, laissé

(1) Ce bois a été complètement défriché en 1816 et 1817.

à Nivelles en attendant l'arrivée d'autres troupes sur ce point, devait porter ces forces à huit mille hommes, mais seulement vers deux ou trois heures.

La cavalerie consistait en une cinquantaine de hussards prussiens que les hasards de la retraite de la veille avaient portés de Gosselies sur Frasnes, et qu'on retenait provisoirement.

Le prince d'Orange posta quatre bataillons de Nassau dans le bois de Bossu, leur faisant occuper la ferme du grand Pierre-Pont; deux bataillons hollandais, l'un en avant de la ferme de Gimioncourt, l'autre à gauche de celui-ci; onze bouches à feu à droite et à gauche de la chaussée de Bruxelles, soutenues par un bataillon de Nassau et presque à hauteur de la ferme du grand Pierre-Pont; deux bouches à feu près de cette ferme ; et deux bataillons hollandais en réserve près des Quatre-Bras, avec trois pièces de canon.

Cette ligne était bien étendue; mais on voulait en imposer, faire croire à la présence de troupes nombreuses, favorisé qu'on était par le bois, par les moissons, par les mouvements de terrain.

Vers onze heures, Wellington, venant de Bruxelles, d'où il n'était parti qu'à huit, avait approuvé ces dispositions. Toujours calme, froid, impassible (1), il avait lentement parcouru la chaîne des avant-postes, examiné la position des Français, où Ney se trouvait en ce moment même; et, cette reconnaissance terminée, il s'était rendu près de Blùcher, à qui il allait promettre une aide que le maréchal français devait rendre impossible.

(1) Des écrivains se sont plu à représenter Wellington arrivant aux Quatre-Bras, tout ému, tout effaré.

Un officier de haut grade, esprit élevé et singulièrement impartial, qui lui fut présenté alors, par le prince d'Orange, et à qui nous demandions, il y a peu de temps, quelle était l'attitude du général anglais, nous a répondu : « 11 était froid comme glace, comme si les Français eussent été h cent lieues de nous. »

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