‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 88 sur 261 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

« Vous ne tarderez sans doute pas à être attaqué, avait-il dit au prince d'Orange en le quittant. Je compte sur vous pour tenir ici jusqu'à l'arrivée des divisions en marche. » Son jeune lieutenant, formé à son école, méritait cette confiance. Elle ne fut pas trompée.

Cependant, les divisions annoncées devaient se faire longtemps attendre. Les plus proches étaient celles qui arrivaient de Bruxelles. Elles en étaient parties, il est vrai, au point du jour, mais avec l'ordre de faire halte, jusqu'à nouvel avis, au village de Waterloo, c'est-à-dire un peu en arrière du point où une chaussée venant de Nivelles s'embranche sur celle de Bruxelles; et, à midi seulement, elles avaient repris leur marche se portant sur les Quatre-Bras. De Waterloo à ce point, il y a dix-sept kilomètres. L'ordre qui les y appelait avait été expédié de Genappe par Wellington. Retard étrange!

Il était une heure et demie, ou un peu plus, quand la division Foy arriva sur Frasnes. Le maréchal Ney disposa, dès lors, de neuf mille hommes d'infanterie, de 1,850 chevaux (1) et de vingt-deux bouches à feu. Il avait, en outre, deux mille chevaux et la batterie de la division Lefebvre Desnouettes; mais Napoléon, on l'a vu, lui avait recommandé de ne pas s'en servir. La division Guilleminot, un peu plus éloignée de Frasnes que celle de Foy, au moment du départ, ne pouvait tarder à rejoindre.

A deux heures (2), Ney tirait le premier coup de canon contre le prince d'Orange.

Il devança donc, il faut le remarquer, l'ordre de Napoléon, qui lui faisait écrire, de Fleurus, en ce moment même, par le

(1) Division Bacbelu, 9 bataillons, 4,103; division Foy, 10 bataillons, 4,788 fantassins; division Pire, 1,865 cavaliers.

(2) Ce moment, on le verra plus tard, est important à fixer. Nous le fixons d'après les rapports hollandais et les écrivains anglais intéressés à l' encontre de ceux-ci. Reille (Notice historique) dit « vers deux heures. »

major-général (1) « que son intention était qu'il attaquât ce qu'il avait devant lui. »

Reille conduisit le mouvement, la division Bachelu marchant, à droite de la chaussée de Bruxelles, en colonnes par bataillon; la division Foy tenant la chaussée même par la brigade Gautier et gardant la brigade Jamin en réserve; la division Pire flanquant la manœuvre à droite par l'une de ses brigades et ayant l'autre vis-à-vis et en arrière de l'intervalle de Bachelu et de Foy. Lefebvre Desnouettes resta sur les hauteurs deFrasnes.

Les tirailleurs de Bachelu s'engagèrent avec ceux du bataillon de gauche de la ligne hollandaise. Ils les replièrent; et ce bataillon lui-même, abordé, avant d'avoir pu se former en carré, par un régiment de cavalerie, fut sabré, mis en désordre et alla se reformer vers la ferme de Gimioncourt. Bachelu fit occuper le hameau de Pireaumont.

Pendant ce temps, Foy avait contre-battu, par son artillerie et celle de Pire, l'artillerie ennemie et avait contraint les bataillons qu'il avait en face de se retirer sur le rideau qui domine, immédiatement au sud, le petit vallon de Gimioncourt.

Bientôt le feu de nos batteries devint si meurtrier, que le prince d'Orange se résolut à marcher sur elles. L'entreprise était hardie, faite surtout avec une poignée de monde, en vue d'une cavalerie ardente. Elle échoua. Le bataillon, en avant duquel marchait le prince agitant au-dessus de sa tête son chapeau à panache, s'avança bravement au pas de charge. Il fut pris en flanc par un régiment de Pire, culbuté et rejeté sur la ferme de Gimioncourt. Le prince, lui-même, confondu dans la mêlée, faillit être fait prisonnier; et un de ses aides de camp resta blessé sur le champ de bataille.

La ligne fut renforcée alors des deux bataillons mis en réserve aux Quatre-Bras; et le combat devint fort vif, dans le

(1) Voir page 136.

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