CHAPITRE NEUVIEME. U
vallon et aux abords de la ferme de Gimioncourt. Mais Foy, l'épée à la main, conduisant la brigade Gautier, força le passage du ruisseau et enleva la ferme, malgré une vive résistance, repoussant les Hollandais sur la pente du plateau des Quatre- Bras.
Reille avait déjà donné l'ordre à la brigade Jamin, laissée d'abord en réserve, d'attaquer la ferme de grand Pierre-Pont et le bois de Bossu, occupés, nous l'avons dit, parles Nassau du prince de Saxe-Weimar. Ceux-ci avaient bien tenu leur terrain. Us étaient favorisés par la nature du bois, qui était une haute futaie très-claire avec un sous-bois fourré; et ils venaient d'être renforcés par le dernier bataillon de la division Perponcher, arrivé de Nivelles.
Il était trois heures.
La division Guilleminot (1) entra en ligne, en prenant l'attaque du bois. Jamin appuya vers la chaussée.
En ce moment, le prince d'Orange avait sa droite à la ferme de grand Pierre-Pont, sa gauche sur le plateau des Quatre- Bras. Ses bataillons, si maltraités quelques instants plus tôt, s'étaient reformés et faisaient maintenant bonne contenance, appuyés à l'artillerie réunie et en action au bord du plateau.
A peu de temps de là, cependant, la position du prince d'Orange était devenue très-critique. Guilleminot avait enlevé la ferme de grand Pierre-Pont et pénétré dans le bois de Bossu; Foy et Bachelu allaient monter la pente du plateau; encore un effort de leur part, et Hollandais et Nassau seraient refoulés sur la chaussée de Nivelles, et auraient grande peine à se soustraire à une défaite complète.
(1) La division d'infanterie de Guilleminot était la plus forte des divisions de l'armée. Elle comptait 7,819 hommes, non comprisses artilleurs, etc.
Jérôme Bonaparte marchait avec elle depuis la veille. Mais, de fait, elle restait dirigée par le lieutenant général Guilleminot.
Mais leur persévérance devait trouver uue autre récompense.
Les renforts si longtemps attendus commencèrent à se montrer.
Il était trois heures et demie (1).
La brigade VanMerlen (division hollando-belge de Collaert), forte de onze cents chevaux et d'une section d'artillerie, venant de la Haine par Nivelles, la division Picton, de sept mille sept cents hommes., en douze bataillons et deux batteries (douze bouches à feu), venant de Bruxelles, débouchèrent simultanément sur les Quatre-Bras.
Van Merlen avança entre le bois de Bossu et la chaussée de Bruxelles ; Picton se forma sur deux lignes, chacune de six bataillons : la première sur la chaussée de Namur; la droite aux Quatre-Bras, et la gauche vers un chemin qui conduit de cette chaussée à Sart-Dame-Avelines.
Van Merlen achevait son mouvement; Picton n'avait pas fini le sien, quand le prince d'Orange, de plus en plus pressé parFoy et Bachelu, voulut mettre à profit le premier secours venu sous sa main et dégager la pente du plateau des Quatre- Bras.
Van Merlen avait un régiment de hussards (Hollandais) et un régiment de dragons légers (Belges). Le prince lui ordonna de prendre la charge, avec les hussards, contre deux bataillons
(1) Wellington, dans son rapport, dit «deux heures et demie; «quelques écrivains anglais disent « vers trois heures. » Mais, comme il est certain, ces derniers mêmes en conviennent, que les réserves arrêtées à Waterloo reçurent, à midi seulement, l'ordre de reprendre leur marche ; et, comme il y a dix-sept kilomètres de ce point aux Quatre-Bras, il est évidemment impossible qu'elles soient arrivées aux Quatre-Bras, avant trois heures el demie, bien qu'elles aient marché très-vite.
D'un autre côté, les rapports hollandais concordent entre eux pour mettre, à peu près, vers trois heures et demie l'arrivée de la brigade de Van Merlen ; et celle brigade déboucha sur les Qualre-Bras en même temps que les Anglais venant de Waterloo.