CHAPITRE NEUVIEME
qui, près de la chaussée, soutenaient les tirailleurs français, de plus en plus entreprenants; il le fit appuyer par quelque infanterie et son artillerie, et tint les dragons prêts à l'appuyer aussi.
La tentative ne fut pas heureuse. Le colonel de Faudoas s'élança sur les hussards , avec le 6e chasseurs , suivi du 5e lanciers ; les mit en déroute, aborda ensuite l'infanterie de soutien, la dispersa et sabra l'artillerie, dont une batterie fut presque anéantie (4). Les dragons voulurent en vain paralyser ce brillant coup de vigueur, en reprenant la charge des hussards. Après une vive rencontre où ils se mêlèrent audacieusement à leurs adversaires, ils tournèrent bride, galopant pour aller se rallier en arrière des Quatre-Bras. Ils ne devaient pas rentrer en ligne de la journée; car, pour comble d'infortune, un bataillon anglais, trompé par la similitude de leur uniforme avec celui de nos chasseurs , les accueillit par une fusillade meurtrière à leur approche de la chaussée de Namur (2).
Au moment où le prince d'Orange avait fait commencer la manœuvre qui aboutissait à cet échec, Wellington, de retour de son entrevue avec Blûcher, avait reparu sur le terrain ; et
(1) Ce sont les expressions mêmes du général Perponcher, dans son rapport (Archives du ministère de la guerre hollandais.)
(2) Dans une brochure fort intéressante, le général-major belge Renard raconte ainsi, d'après le témoignage d'officiers qui y prirent une part principale, un épisode de celte rencontre entre Français et Belges : « En ce moment, nos braves furent soumis à une rude épreuve. Ils se trouvèrent en présence de camarades avec lesquels, quelques mois auparavant, ils bravaient les mêmes dangers. Ceux-ci appelaient les nôtres par leur nom en les engageant à rejoindre leur drapeau. Le capitaine Delenne se trouva en présence de Devielle, son frère d'armes de France. Le capitaine Van Remoortere reçut un coup de pointe dans le ventre d'un de ses anciens sousofficiers. Le maréchal des logis Beauce se sabrait avec un des maréchaux des logis de son ancien escadron. » (Réponse aux allégations anglaises sur la conduite des troupes belges en 1815. — Bruxelles, 1855.)
Ce récit vient à l'appui de ce que nous avons dit précédemment sur l'erreur où tombait Napoléon en comptant sur la défection des troupes belges.
une colonne brunswickoise était venue serrer en arrière de Picton.
Partie, le matin, de Vilvorde et conduite par le duc de Brunswick lui-même, cette colonne comptait cinq bataillons et cinq escadrons : plus de trois mille baïonnettes et huit cents sabres. L'artillerie et le reste de l'infanterie (trois bataillons, seize bouches à feu) du corps de Brunswick la suivaient à trois heures de distance.
Wellington, ayant reconnu l'état du combat et vu que Ney préparait un mouvement en avant à droite et au centre, fit immédiatement des dispositions pour y résister.
La division Picton se composait des brigades anglaises de Kempt et de Pack, et de la brigade hanovrienne de Best (1), chacune de quatre bataillons. Wellington porta rapidement six bataillons anglais en premièreligne, à quatre ou cinq cents mètres en avant de la chaussée de Namur; la brigade hanovrienne, en seconde ligne, sur cette chaussée même; un bataillon anglais contre les Quatre-Bras et un autre, anglais aussi, près de la chaussée de Namur et vis-à-vis de Pireaumont.
Le duc de Brunswick reçut l'ordre de détacher un bataillon pour appuyer ce dernier, un escadron pour éclairer le terrain à droite du bois de Bossu, et d'aller prendre position, avec le reste de ses troupes, entre le bois et la route de Bruxelles, en avant des Quatre-Bras.
Les troupes engagées jusque-là par le prince d'Orange passèrent en réserve, à l'exception des Nassau du prince de Saxe- Weimar et d'un bataillon de Bylandt, qui continuaient à disputer le bois de Bossu à Guilleminot.
Wellington ne s'était pas trompé: Ney avait fait les préparatifs d'un mouvement général en avant; et ce mouvement com-
(I) La brigade de Best appartenait à la division Cole. Elle venait de passer dans la division Picton pour y remplacer la brigade hanovrienne de Vincke.