CHAPITRE NEUVIEME
mença comme finissait celui de Picton et du duc de Brunswick.
Bachelu avec les quatre régiments de sa division, diminués d'un bataillon qui occupait Pireaumont, marcha aux Anglais de Picton et eut en arrière de sa gauche un régiment de lanciers et un régiment de chasseurs (division Pire). Foy poussa en avant de la ferme de Gimioncourt deux colonnes, l'une sur la chaussée, l'autre plus près du bois de Bossu. Guilleminot dut continuer sa lutte dans ce bois.
Toute l'artillerie du corps de Reille, en batterie au sommet du rideau en deçà du ruisseau de Gimioncourt, protégea la manœuvre de Bachelu et de Foy, en précipitant son tir.
Pour parvenir à la position de Picton, Bachelu avait à traverser le ruisseau de Gimioncourt, au fond raviné, aux bords garnis de haies épaisses, et, un peu au delà, un autre ravin ou pli de terrain bien moins prononcé, mais garni également de haies infranchissables sur beaucoup de points (1). Il traversa ces obstacles, mais avec difficulté; et il en résulta de la désunion dans ses colonnes. Il avait replié les tirailleurs anglais, atteint le sommet de la pente du second ravin et mettait le pied sur le plateau quand il reçut une grêle de mitraille et la fusillade, presque à bout portant, de la première ligne de Picton, de six bataillons qui, à moitié couchés dans les blés, le doigt sur la détente, avaient attendu l'approche de leurs adversaires. Sous ce feu terrible, les régiments de Bachelu, dont les rangs sont encore désunis, que l'artillerie ne peut plus protéger, car ils la masquent maintenant, se troublent et hésitent. Picton le voit, et, aussi prompt à la résolution qu'à l'exécution, il les fait charger à la baïonnette, les rejette au delà des deux ravins et paraît avec eux sur le revers opposé. Mais, arrivé là, il est fusillé, à courte distance,
(I) Ces haies ont disparu depuis 1 8 1 L>, ainsi que beaucoup d'autres et des fossés qui coupaient le terrain au bas du plateau des Qualre-Bras et sur le plateau même.
par le régiment formant la colonne de gauche de Bachelu, le 108e, attardé par le passage des haies qu'il est obligé découper. Les bataillons anglais s'arrêtent bientôt; et les lanciers et chasseurs, saisissant le moment, se précipitent sur eux et les mettent en désordre. La ligne française se reforme sous la protection de cette charge brillante, et, à son tour, elle rejette l'ennemi, la baïonnette au dos, dans les ravins et le force à regagner le plateau. Mais Bachelu ne lente plus de repasser le ruisseau.
Cette première rencontre avec les soldats de la Grande- Bretagne avait été très-sanglante. Les ravins et leurs abords étaient couverts de morts et de blessés à l'habit bleu comme à l'habit rouge.
Le duc de Brunswick avait pris la position que lui avait indiquée Wellington : sa gauche à la chaussée de Bruxelles, en avant d'une maison isolée, sa droite vers le bois de Bossu et s'y reliant par deux compagnies légères, tout son front un peu en retraite sur la première ligne de Picton.
Exécutant cette manœuvre sous le feu de notre artillerie et ne pouvant être appuyé par les batteries hollandaises, encore hors d'état de rentrer en ligne, il avait demandé quelques pièces à Wellington, qui lui en avait envoyé quatre, détachées de la division Picton, sur laquelle Bachelu allait marcher. Mais ces pièces étaient à peine en position, que déjà l'artillerie française en avait démonté deux et désorganisé le reste.
Brunswick avait vu, alors, deux colonnes d'infanterie, précédées d'une forte ligne de tirailleurs, sortir du vallon de Gimioncourt et gravir la pente du plateau. C'étaient les colonnes deFoy qui prononçaient l'attaque du centre, marchant, comme nous l'avons dit, l'une sur la chaussée de Bruxelles, l'autre plus près du bois.
Vigoureusement pressés par les tirailleurs de Foy, ceux de Brunswick cédèrent le terrain; et la colonne qui suivait la chaussée allait aborder les bataillons postés en avant de la