CHAPITRE NEUVIEME
français, de vingt mille hommes et de trente-huit bouches à feu ; mais il a, derrière lui, sur Frasnes, la division Lefebvre Desnouettes et Tune des divisions de Kellermann. Napoléon lui a recommandé, il est vrai, de ne pas engager Lefebvre Desnouettes et de tenir Kellermann à sa disposition, de manière à ce qu'il pût l'appeler vers Fleurus, s'il en avait besoin ; mais les circonstances sont pressantes. Ney va-t-il respecter jusqu'au scrupule ces prescriptions?
Pendant le combat, qui a duré déjà trois heures et demie, il a successivement appris qu'il ne doit plus compter sur la division Girard, attirée vers Saint-Amand par Napoléon, et que tout le corps ded'Erlon, détourné de sa route, s'est éloigné de lui, au lieu de s'en rapprocher. 11 a expédié, il est vrai, un officier sur les traces de d'Erlon pour le rappeler; mais il n'est pas certain de l'arrivée, en temps utile, de son lieutenant, sur ce champ de bataille où les forces de l'ennemi augmentent incessamment. En outre, il a reçu, depuis quelques instants, l'ordre daté de Fleurus, à deux heures (1), qui lui prescrit d'attaquer les forces qui se trouvent devant lui, et, après les avoir vigoureusement poussées, de se rabattre sur Napoléon.
Voilà, certes, bien des motifs pour transgresser les recommandations écrites, le matin, au sujet de la cavalerie de Lefebvre Desnouettes et de Kellermann.
Ney, pourtant, veut continuer la lutte sans prendre appui de cette belle réserve.
(1) Au dos de cet ordre est écrit : « A M. le maréchal prince de la Moscowa, à Gosselies, sur la route de Bruxelles; » et au crayon : « Wagnée (Wangenies), bois de Lombuc. »
Un duplicata de cet ordre porte : « Wagnée, Ransart. » (Documents inédits, etc.). Ces mots Wagnée, Ransart; Wagnée, bois de Lombuc, désignent évidemment les chemins à suivre par les officiers porteurs de l'ordre et du duplicata. Or, de Fleurus au vallon de Gimioncourt , où se trouvait le maréchal Ney, il y a six lieues de route par les directions indiquées. Ce fut donc probablement vers cinq heures, comme nous le disons, qu'il reçut la première dépêche datée de Fleurus.
Alten amenait avec lui la brigade anglaise de C. Halkett, de quatre bataillons, et la brigade hanovrienne de Kielmansegge, de six.
Wellington dirige immédiatement celle-ci sur son extrême gauche, que commence à presser Baclielu débouchant vers Pireaumont; et il l'ait passer rapidement en avant des Quatre-Bras les Anglais d'Halkett avec deux bataillons de Brunswick, qui se sont reformés. Les trois batteries qui viennent d'arriver avec Alten se portent, une la droite au bois de Bossu, une autre la gauche sur la chaussée de Bruxelles, la troisième en arrière de celles-ci dans une position intermédiaire. Le contingent de Nassau s'est avancé pour appuyer le prince de Saxe- Weimar. Les troupes hollandaises restent en réserve derrière les Quatre-Bras. Picton a formé deux carrés, chacun de deux bataillons, sur le terrain même où il a déjà soutenu les assauts de nos lanciers e! de nos chasseurs.
Le nouvel accroissement de forces de Wellington arrêle les progrès de Guilleminot et oblige les colonnes de Foy à redescendre dans le vallon de Gimioncourt.
Ney concentre l'action de son artillerie contre le plateau et attend avec une fiévreuse impatience qu'elle ait assez ébranlé les masses ennemies pour donner le signal d'une nouvelle attaque.
La batterie anglaise qui a pris position le long du bois est bientôt si rudement atteinte, qu'elle est forcée de se retirer à moitié démontée. Celle qui s'est avancée sur la chaussée de Bruxelles est presque aussi maltraitée; cependant elle continue à tirer.
Il est six heures.
En ce moment parvient à Ney (1) la dépêche, datée de Fleuras à trois heures et un quart, qui l'appelle instamment sur le
(1) Mémoires de Napoléon, t. IX. Appendice. —Documents inédits sur la campagne de 1815.