‹ Histoire de la campagne de 1815, WaterlooChapitre 94 sur 261 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

champ de bataille de Napoléon, qui lui dit « que le sort de la France est entre ses mains. »

Cet appel, aussi pressant que solennel, détermine, enfin, le maréchal à tirer parti de la cavalerie restée en arrière. 11 expédie, en toute hâte, à Kellermann l'ordre d'accourir avec l'une des brigades de la division qui est à Frasnes; mais l'autre brigade de cette division (1), mais la seconde division de Kellermann, mais celle de Lefebvre Dcsnouettes, il les laisse immobiles, il n'ose pas en disposer!

Quelques instants se passent à attendre Kellermann. Dès que Ney l'aperçoit, il galope vers lui, et, l'esprit frappé de la dépêche venue de Fleurus, il lui dit, en lui serrant convulsivement la main : « Mon cher général, il faut ici un grand effort; il faut enfoncer cette masse d'infanterie. Le sort de la France est dans vos mains ; partez! Je vous fais soutenir par toute la cavalerie de Pire. »

La mission eût fait sourciller peut-être plus d'un de ces hommes de fer, habitués à lancer les ouragans de la cavalerie; elle étonna, dit-on, Kellermann lui-même, le héros de Marengo, le conducteur de tant de chocs héroïques; mais elle n'ébranla pas son cœur.

Il forme ses pelotons , monte la pente du plateau par la chaussée, tourne à gauche, fait sonner la charge et précipite ses huit cents cuirassiers sur l'infanterie d'Halkett.Le premier régiment qu'il rencontre est le 69e (2), qui l'a attendu, rangé en bataille. Il reçoit son feu à moins de cent pas, le renverse, lui met hors de combat la moitié de ses hommes, tue son lieutenant-colonel commandant et enlève son drapeau, qui est pris par le cuirassier Lami du 8e régiment. Le 69e se disperse et s'enfuit dans le bois.

(1) Plusieurs écrivains font Ogurer cette brigade, qui était composée de dragons, au combat des Quatre-Bras. C'est une erreur.

(2) Le 69e, comme tous les régiments d'Alten , n'avait qu'un bataillon.

Kellermann rallie ses escadrons et les jette sur le 30e régiment, qui est en carré près de là; il ne réussit pas à l'enfoncer; mais il culbute, sabre le 53e, deux bataillons de Brunswick et arrive avec les fuyards jusqu'aux Quatre-Bras.

Le centre de Wellington est ouvert.

Pendant ces charges furieuses, les lanciers et les chasseurs de Pire ont abordé les carrés de Picton; mais leurs assauts répétés n'ont pu parvenir à les forcer. Formée, ici, sur deux rangs, là, sur quatre, cette vaillante infanterie a résisté à tous les efforts, superbe de sang-froid, puissante par le tir.

Dans les hasards de cette rencontre, le 6e lanciers, conduit parle colonel Galbois, parvient jusqu'à la chaussée de Narnur, tombe sur un bataillon hanovrien (division Picton) et le taille en pièces. Le feu de deux bataillons voisins l'arrête; et il est orcé de se replier, ramenant le brave Galbois grièvement blessé. Mais il reprend bientôt la charge.

Ney suivait d'un œil avide, à travers les éclaircies de la poudre, la lutte de sa cavalerie.

Voyant les débuts heureux de Kellermann, l'audace croissante des lanciers et des chasseurs, voyant Guilleminot qui avait repris sa marche en avant, qui touchait presque à la chaussée de Nivelles , à la lisière nord du bois de Bossu , entendant la fusillade de Bachelu qui gagnait sur la gauche ennemie, il avait poussé, vers les Quatre-Bras, les colonnes de Foy.

Celle de droite a enlevé la maison isolée, d'où le 92° anglais s'est vainement efforcé delà chasser; celle de gauche va achever de balayer la lisière est du bois, quand, dans une charge qu'il mène aux Quatre-Bras mômes, Kellermann reçoit d'épaisses volées de mitraille, et une grêle de balles lancées du bois, des maisons et des clôtures voisines.

Son cheval est tué; sa troupe,jusquc-là si intrépide, s'étonne, hésite, tourbillonne, et bientôt tourne bride et s'enfuit. Sourde

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