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CHAPITRE NEUVIEME

à la voix de ses officiers, éperdue, comme frappée de vertige, elle se précipite vers le vallon de Gimioncourt, le franchit et ne va s'arrêter que devant la division Lefebvre Desnouettes, qui lui barre le passage à Frasnes. Kellermann s'échappe à grande peine au milieu de cet affreux tumulte; il revient à pied, tête nue, sans arme, accroché de chaque main aux chevaux de deux cuirassiers, et ne trouve un abri que près de notre infanterie.

L'épouvante des cuirassiers ébranle les colonnes de Foy ; les lanciers et chasseurs de Pire se replient derrière elles ; tout hésite.

Ney se multiplie pour rassurer, encourager ses soldats, et, malgré la déroute de Kellermann, ne désespère pas du gain de la journée.

Il est près de sept heures.

D'Erlon, rappelé avec instance, viendra sans doute, enfin, donner le secours décisif qui terminera la bataille.

Mais, pendant que Ney demande aux siens de faire de nouveaux efforts jusqu'à l'arrivée de d'Erlon, Wellington reçoit, par la chaussée de Nivelles, la division Cooke (gardes anglaises) avec une batterie, et, par la route de Bruxelles, les trois derniers bataillons du corps de Brunswick avec seize bouches à feu.

Le sanglant conllit devient donc de plus en plus inégal.

Abstraction faite encore des pertes respectives, les forces des Anglo-Hollandais montent, maintenant, à trente-sept mille hommes et soixante et dix bouches à feu, tandis que celles des Français sont restées stationnaires, sauf l'entrée en ligne des huit cents cuirassiers de Kellermann.

Sans perdre un instant, Wellington fait passer, en première ligne, à droite du bois de Bossu et dans le bois même, la division Cooke; les deux batteries et les trois bataillons de Brunswick, qui viennent d'arriver, sont portés en avant des Quatre-Bras; les bataillons d'Halkett, si maltraités par nos

cuirassiers, se reforment ; les troupes en réserve sur lesQuatre- Bras entrent en ligne.

Ce déploiement de forces déterminerait tout autre que Ney à battre sur-le- champ en retraite. Lui, le général des jours difficiles, des heures critiques, il veut encore maintenir sa position. Il va être obligé, pourtant, de céder devant l'impossible.

Son artillerie est trop faible, à présent; une charge de Pire échoue sur le plateau; Guilleminot cède sous la pression des gardes anglaises; et, comme si tout devait se réunir pour accabler l'intrépide maréchal, on vient lui apprendre qu'il ne doit plus compter sur d'Erlon. Cette nouvelle imprévue porta, a-t-on dit, le désespoir au cœur de cet homme, si rudement éprouvé, cependant, par les crises les plus terribles de la guerre; et, sous le feu croisé des batteries anglaises, au milieu des projectiles ricochant autour de lui, on l'entendit s'écrier : « Vous voyez ces boulets! je voudrais qu'ils m'entrassent tous dans le ventre (1). »

Il se résigna à ordonner la retraite sur toute la ligne.

Elle se fit en bon ordre, avec la plus grande fermeté, en disputant le terrain pied à pied, et si lentement, qu'on mit deux heures pour reculer d'une demi-lieue.

Vers neuf heures, tout engagement avait cessé; Ney prenait ses bivacs sur les hauteurs en avant de Frasnes, vis-à-vis de Wellington, qui établit les siens, la droite à la pointe sud du bois de Bossu, le centre et la gauche en avant de la ferme de Gimioncourt et du hameau de Pireaumont.

La journée avait été meurtrière pour les deux partis.

Ney, sur vingt et un mille hommes mis en ligne, en avait plus de quatre mille hors de combat; et Wellington, près de cinq mille, sur trente-sept mille qu'il avait engagés (2).

(1) Mémoires de Flcnry île Cliabonlon. — Londres, 1820.

(2) Une lettre, accompagnée d'états offi< iiels et adressée an président de

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