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INTRODUCTION A UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DU COMIQUE

Quoiqu'on ait eu pour bul (le reproduire dans cette histoire les monuments relatifs au comique en les dépouillant des commentaires qui quelquefois en obscurcissent le sens, il est cependant nécessaire, laissant de côté l'effet pour arriver à la cause, de faire connaître certaines idées des anciens et des modernes touchant le rire, question que

quelques philosophes n'ont pas jugée indigne de

leurs préoccupations.

ArisloLe voyait dans le risible une forme du laid ou de l'incorrect («ècxpù). « C'est, dit-il dans la Poéiique, une faute ou une incorrection qui n'est ni douloureuse ni destructive (àvoj^uvov /.al où 'fôapTixôv) : tel est, par exemple, un visage laid et contourné, mais sans souffrance. »

A leur tour les modernes s'emparèrent de la llièse, et la développèrent à tel point qu'on pourrait former une bibliothèque spéciale d'ouvrages concernant le rire, depuis la Renaissance jusqu'à nos joui'S, bibliothèque composée de physiologistes et d'esthéticiens hollandais, allemands, anglais et français.

Un homme, arrêté devant un boutïon des rues, rit sans s'en inquiéter davantage. Vient un philosophe qui lui demande : « Pourquoi ris-tu? Gomment ris-tu? »

L'homme n'en sait rien. Pressé de questions, il avouera qu'il rit parce qu'il s'amuse. Mais le philosophe : « Pourquoi t'amuses-tu? »

Telle est l'essence de nombreux volumes qu'on ne saurait passer sous silence dans une Histoire générale de la Caricature.

L'opinion d'Aristote sur le risible fut acceptée par nombre d'écrivains modernes, et entre autres par le philosophe écossais Dugald Stewart : « Les causes du rire, dit-il, sont proprement et naturel-

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lement ces légères imperfections dans le caractère et les manières, qui ne soulèvent point Tindignation morale et ne jettent point l'àme humaine dans celte mélancolie qu'inspire la dépravation. »

Descartos attribuait les causes du rire à de petits malheurs ou plutôt à de légers accidents, qu'il qualifie de la sorte dans son livre des Passions :

La dérision ou moquerie est une espèce de joie mêlée de haine, qui vient de ce qu'on aperçoit quelque petit mal en une personne qu'on en pense être digne : on a de la haine pour ce mal, on a de la joie de le voir en celui qui en est digne; et lorsque cela survient inopinément, la surprise de l'admiration est cause qu'on s'éclate de rire, suivant ce qui a été dit ci-dessus de la nature du ris. Mas ce mal doit être petit; car s'il est grand, on ne peut croire que celui qui l'a en soit digne, si ce n'est qu'on soit de fort mauvais naturel, ou qu'on lui porte beaucoup de haine.

Tout le xviii' siècle vit dans les causes du rire une sorte de contraste, un manque d'harmonie : l'abbé Le Batteux, lord Kames, Beattie, Mendelssohn, Eschemburg, Ebcrhard, Floegel*.

Jean-Paul Richter n'était pas du mêrne avis :

Le rapprochement des choses les plus dissemblables ne fait pas toujours rire. Quels sont en effet les rapprochements de choses hétérogènes ((ui ne puissent se rencontrer sous le ciel de la mort : taches nébuleuses, bonnets de nuit, voie lactée, lanternes d'écurie, veilleurs, voleurs, etc. ? Que dis-je? chaque secondede l'univers n'est-elle pas remplie du mélange

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