‹ Histoire de la caricature antiqueChapitre 16 sur 94 · M. .Mii'liiuls, liitrofluction aux Œuvres do R-^gnard · texte numérisé non relu

M. .Mii'liiuls, liitrofluction aux Œuvres do R-^gnard

He, he, lie, symptôme d'un tempérament phlegmatique.

Ho, ho, ho, est particulier aux gens sanguins.

Tout ingéni3use qu'elle soit, cette méthode de classer les tempéraments n'a pas prévalu dans la science médicale, et je lui préfère les croquis suivants d'après le Traité des Ris de Joubert, à qui je reviens :

An l'espèce des hommes il y lia autant de visaiges différans qu'il y ha de figures au monde; autant de diversitoz tant au parler que à la vois, et autant de divers ris. 11 y an ha que vous diriés quand ils rient que ce sont oycs qui sifflent et d'autres que ce sont des oysons grom élans. Il y an ha qui rapportent au gémir des pigeons ramiers ou des tourterelles an leur viduité; les autres au chat-huant, et qui au coq d'Inde, qui au paon; les autres resonnent un pion piou à mode de poulets. Des autres, on diroit que c'est un cheval qui hanit, ou un ane qui brait, ou un porc qui grunit, ou un chien qui jappe ou qui s'étrangle ; il y an ha qui retirent au son des charretes mal ointes, les autres aus calhous qu'on remue dans un seau, les autres à une potée lie choux qui bout.

Avec les philosophes, on pourrait mettre en cause les médecins du xvif siècle qui ont étudié le rire d'une façon à tenter un Molière .

0 l'am.usant portrait à peindre, mais ce n'est

1. Pliij^iologia crepilus venlris et ri^iis, ciim 7'Uu depositionis scliolasticœ, par Piodolplins Goclenius. Francfort, 1607, in-l"J.

pas le lieu, que celui d'un esihéticien interrogeant son élève sur la façon dont il rit !

Il ne manquerait pas d'abord d'appeler à son aide Vives : « Et ego ad primam et alternam buccam, quam sumo a longa inedia, tion possum risum continere : videlicet contracta prœcordia dilata ntum ex cibo. »

C'est-à-dire que lorsque le célèbre Vives n'avait pas mangé depuis longtemps, la première bouchée le faisait rire, son diaphragme se dilatant sous l'impression des aliments.

Également le professeur invoquerait celui à qui on chatouille les hypocondres ou la plante des pieds, et il ferait remarquer la différence qui existe entre le rire de l'homme chatouillé et le sourire d'une jolie femme.

Gravement il démontrerait que le rire est quelquefois un signe d'inintelligence, diverses personnes riant pour avoir l'air de comprendre un langage qui leur échappe; et il conseillerait à son élève de prendre pour modèles ces hommes sérieux que les Grecs appelaient «yDa^Toi, parce qu'ils ne riaient jamais.

A l'aide des médecins, le pédant noterait les phénomènes dans les organes respiratoires et vocaux amenés par le rire ou le sourire. Quand la langue et les muscles de la poitrine sont enjeu, c'est rire;

si la respiration n'est pas interrompue, c'est sourire. Veines gonflées, larmes qui coulent : rire. L'organisme n'est pas troublé : sourire.

On n'en finirait avec les philosophes, les esthéticiens elles physiologistes, que par une bonne scène de comédie, car à force de vouloir expliquer les causes et les effets du rire, ils en arrivent à faire pleurer,

Arislote, quoiqu'il ne reste sur ce sujet que des fragments qu'on suppose faire partie de la Poétique\ est plus clair.

Suivant lui, le comique consiste dans : le risible de la diction {ành zr,q H^v^k); la répétition des mêmes paroles (x«r' àoolzcyjy.-,) ; dans un surnom (xarà TracwvupKv) ; dans uuc altération des mots (è; àvoJ./cyrîv) ; dans une métaphore (x«Tà o-x^f^x toU o^ioyvAm v^vo^svov); daus la duperie (àTrâT/j); dans le travestissement (ô^otWiç); dans des manières triviales et des gestes grossiers (èx toù xf''^'^'' «p'/^^'^^ï è/îjf/ic'ït), etc.

Grâce à ces fragments on suit la trace du comique dramatique chez les anciens : répétitions des mêmes paroles, sobriquets, tromperies, travestissements, imitations de la nature triviale qui furent, sont restés et resteront toujours les bases du comique.

I. Scholia grœca in Arislophanem. Eclit. Diibner. Paris, 1855.

DK LA (.ARICATLRK AMIQIK 1:!

Si on en excepte Arislote dans l'antiquité, Jean- Paul Piicliter chez les modernes, en Angleterre Fie4ding qui se plaît à expliquer les rouages secrets des caractères de ses drames, vaine science que les rhéteurs croient tirer du comique.

Un pitre de place publique, un charlatan dans sa voiture, un faiseur de parade sur des tréteaux, un bouffon de petit théâtre, un caricaturiste ignorant, s'ils n'apprennent pas au public pourquoi il rit, arrivent plus vite à un meilleur résultat. Un geste, une grimace, un trait de crayon suffisent.

Il existe au musée de Naples une fresque représentant les jeux des enfants.

Trois petits Amours sont entrés dans un appartement et figurent l'enfance curieuse, cherchant dans les coins des maisons quelque objet de l'orme nouvelle pour le faire servir à un jeu.

Une porte est ouverte; un enfant arrive de la chambre voisine, tenant à la main un masque comique derrière lequel il cache sa mine éveillée. Ses deux compagnons poussent des éclats de rire, et l'un des Amours se renverse sur un banc sous le coup d'une hilarité considérable.

Ce qui cause celte gaieté, ce n'est pas :

« La délivrance de l'absolu captif dans le fini; )>

Non plus « la réalité sans idées et contraire aux idées; »

Encore moins « la résolution soudaine d'une attente en rien. »

« Laideur vaincue, » — s Beauté renaissant de sa propre négation, » — « Négation de la vie infinie, » — « Subjectivité qui se met en contradiction avec elle-même, » — « Dieu riant de l'univers, » — « Univers riant de Dieu, »

Toute cette litanie tudesque de vent et de vide, de mots détournés de leur sens, de lettres tourbillonnant dans répais cerveau de buveurs de bière^ ne vaut pas un masfque antique.

Un masque fait mieux comprendre la nature du comique que tant de traités, tant de commentaires, tant de livres faits avec d'autres livres, tant de redites, tant de lourdes inutilités, tant de creux et vains mots de la métaphysique allemande.

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