PEINTRE? DE SCENES DOMESTIQUES, D ANIMAUX, DE PAYSAGES, ETC
Pline a laissé sur l'art fies renseignements en abondance. Le naturaliste s'inquiète des menues créations de la sculpture et de la peinture, avec la conscience que toute œuvre de l'homme, si futile qu'elle paraisse, aura sa valeur dans les siècles futurs. Peintres de scènes domestiques, paysagistes, peintres d'animaux, de grotesques, femmes peintres, il a recueilli scrupuleusement les noms des moindres artistes de l'antiquité, et quelquefois d'un trait il en rend vivement la manière. Aussi est-il utile de donner une brève indication des peintres naturalistes qui ont certainement contribué à faire progresser l'art du caricaturiste.
La caricature se nourrit de laideur; mais il faut lui montrer la laideur. Les artistes qui, suivant Aristote, « représentent les hommes plus beaux que nous ne sommes, » ne peuvent servir de guides aux esprits railleurs, à moins que leurs compositions
HISTOIRE DE LA CARICATIT.E ANTIQUE i7
éllîérées, se tournant en visions et prenant l'ombre pourlaforme, neproduisent des réactions violentes; mais les artistes dont parlent Aristole et Pline n'en étaient encore qu'au bégayement, puisque ce dernier cite comme un inventeur le peintre Cimon de Cléonée.
Cimon inventa les calagraphes, c'est-à-dire les têtes de profil, et il imagina de varier les visages de ses figures, les faisant regarder en arrière, ou en haut, ou en bas. Il marqua les articulations des membres ; il exprima les veines, et en outre indiqua les plis et les sinuosités dans les vêtements.
Cimon fut un des initiateurs de l'art avec Polygnote, dont il est dit que « le premier il ouvrit la bouche des figures, fit voir les dents, » etc. A cette époque, le pinceau et le ciseau ne pouvaient arriver à ces mysticismes outrés qu'il a été donné aux époques civilisées de connaître, et qui font que le peinti^e, oubliant palette et pinceau, croit pouvoir les remplacer par le rêve et la pensée.
Donc les caricaturistes dérivent des maîtres exacts, de ceux qui peignent les accidents de la peau, les rides, les rugosités et les verrues. Ils exagèrent, rendent ridicule et grotesque ce qui était vrai; mais ceci est le côté purement matériel de la caricature. Si elle grossit seulement quelques détails à la loupe, comme il est arrivé quelquefois de
nos jours, la caricalure devient un monstrueux et bête microscope.
Le caricaturiste doit atteindre et montrer le moral à travers le physique. S'il n'est pas ému ou indigné en prenant ses crayons, c'est un triste ouvrier qui accomplit un triste métier.
Un Anglais, dont je regrette de ne pas savoir le nom, a écrit cette pensée si juste : « Que veulent donc dire les philosophes qui ont représenté l'ironie comme une dégénérescence de l'âme, comme une faiblesse ou une bassesse? Za risée que provoque Vaspect du laid et de Vignoble est encore un hommage rendu à la noblesse et à la beauté. »
On ne s'entendra jamais sur cette question de la représentation de la laideur, pas plus qu'on ne s'entend sur la réalité, pas plus qu'on ne s'entend sur la morale de l'art : mots abstraits qui servent merveilleusement aux détracteurs de toute forme nouvelle, de tout effort, de toute recherche.
J'en reviens à Pline, dont je dois citer quelques passages relatifs aux peintres et aux sculpteurs voués à la réalité.
Mcias sculptait plus volontiers les chiens que les hommes. Cratinus a peint des comédiens à Athènes, dans le Pompion. Eudore s'est fait remarquer par une décoration de théâtre... Œnilas a peint une assemblée en famille. Philiscus a peint l'atelier d'un peintre oîi un enfant souffle le feu. Siraus est auteur d'un jeune homme se reposant, d'une
boutique de foulon, etc. Parrhasius, d'Éphése, a peint une nourrice Cretoise qui tient un enfant dans ses bras. Antiphile est renommé pour un jeune ararçon soufflant un feu qui éclaire et l'appartement d'ailleurs fort beau, et le visage de l'enfant; pour un atelier de fileuses en laine oîi des femmes se hâtent toutes d'achever leur tâche ; Aristophon, pour un tableau à beaucoup de personnages, où sont Priam, Hélène, la Crédulité, Ulysse, Déiphobe, la Piuse. On vante, de Timomaque, Oreste, Iphigénie en Tauride ; une famille noble ; deux hommes en manteau se disposant à partir, l'un debout, l'autre assis '.
Telle est l'antiquité dont on cherche aujourd'hui à surprendre les secrets. Le grand art antique, chacun le connaît et l'admire; mais l'art domestique, des portraitistes, des décorateurs, des peintres de tableaux familiers, l'art qui en apprend plus sur les mœurs que la représentation des dieux et des empereurs, voilà celui que veut approfondir l'esprit scrutateur modei^ne.
Nous nous imaginons que la peinture de paysage a été poussée aujourd'hui à la perfection. Pline l)arle des tableaux d'un certain Ludius qui en remontrerait à beaucoup de nos artistes pour la variété de ses motifs.
Le premier il imagina de décorer les murailles de peintures charmantes, y représentant des maisons de campagne,