‹ Histoire de la caricature antiqueChapitre 23 sur 94 · PEINTRES COMIQUES · texte numérisé non relu

PEINTRES COMIQUES

La vogue des tableaux étrangers à Rome, dit Pline, date de L. Mummius, à qui sa victoire valut le nom d'Achaïque... Je trouve qu'ensuite l'usage devient commun d'en exposer dans le Forum. De là la plaisanterie de l'orateur Crassus. Plaidant sous les vieilles boutiques, il interpella un témoin; le témoin, relevant l'interpellation : — « Dites donc, Crassus, qui pensez-vous que je sois? — Semblable à celui-ci, » répondit-il en montrant, dans un tableau, un Gaulois qui tirait très-vilainement la langue'.

Cicéron et Quintilien rapportent qu'on voyait souvent pour enseigne aux boutiques romaines un bouclier cimbre populaire, qu'ils supposent être l'image du bouclier de Marius, représentant une figure grotesque de Gaulois tirant la langue. Le (iaulois (( qui tirait très-vilainement la langue « est du sans doute au pinceau d'un des peintres qui se

1. Cette grimace a été conservée dans rornenientation architecturale. Quelques monuments de nos jours portent sur la façade des niascarons tirant la lansuc.

plaisaient à la représentation de scènes populaires, dont Pline a dit :

C'est ici le lieu d'ajouter ceux qui se sont rendus célèbres lians le pinceau par des ouvrages d'un genre moins élevé. De ce nombre fut Piropïcus, inférieur à peu de peintres pour l'habileté. Je ne sais s'il s'est fait tort par le choix de ses sujets; toujours est-il que, se bornant à des sujets bas, il a cepenJant, dans celte bassesse, obtenu la plus grande gloire. On a de lui des boutiques de barbier et de cordonnier, des Anes, des provisions de cuisine, et autres choses semblables, ce qui le fit surnommer le Rhyparographe. Ses tableaux font un plaisir infini, et ils se sont vendus plus cher que de trèsgrands morceaux de beaucoup d'autres.

Pirœïcus serait aujourd'hui appelé un peintre de genre, et, comme autrefois, il pourrait vendre ses tableaux plus cher que des compositions historiques.

« Calâtes, suivant Pline, traita en petit des sujets comiques; » mais la désignation des sujets est absente, et on ne peut revendiquer Calâtes ou Galacès comiue un peintre de caricatures '.

•juant à Socrate, ajoute le naturaliste, ses tableaux plaisent avec raison. Tels sont : Esculape avec ses filles et son Paresseur, qu'on appelle Ooios : il lait une corde qu'un i'ine ronsro à mesure.

1. SuivaiU le comte de Caylus, Calfltès et AntiplijIIus peignaient 'li;s comica tabella, srùnes de pièces comiques qu'on affichait à la porte des Ihéàlres pour attirer le public.

5i HISTOIRE

Intention comique dans le Paresseux, qui frise la caricature. >yOus allons y arriver.

Bupalus et Athenis étaient contemporains du poëte Hipponax. Hipponax était remarquablement laid. Les deux artistes, par forme de plaisanterie, exposèrent son portrait à la risée du public; Hipponax, indigné, dirigea contre eux l'amertume de ses vers, si bien que, selon quelques-uns, ils se pendirent de désespoir, mais cela est faux...

Dans ce fragment de Pline, je vois poindre la caricature. Bupalus et Athenis, en exposant le portrait d'Hipponax, voulaient peut-être se venger de lui pour quelque cause dont Pline ne dit pas le motif. Toujours est-il qu'il s'ensuivit une guerre aiguë de poëte à artiste, la même que celle indiquée plus haut entre Aristophane et Pauson.

C'est au chapitre de l'Art de modeler en plastique que Pline a parlé de deux sculpteurs qui ne reculaient pas devant la laideur. « Praxitèle est encore l'auteur de la statue de la Spilinnène {Spiliimenen, femme malpropre). Quant au Myron, qui s'est illustré dans le bronze, on a de lui, à Smyrne, une vieille femme ivre, ouvrage des plus renommés. »

Sans rentrer dans la caricature, cette statue y mène; mais enfin Pline donne la description d'une réelle caricature : s Ctésiloque, élève d'Apelle, s'est rendu célèbre par une peinture burlesque repré-

DE LA CARICATURE ANTIQUE hô

sentant Jupiter accouchant de Bacchus, ayant une mitre en tête et criant comme une femme, au milieu des déesses qui font l'office d'accoucheuses. >^ Voilà le véritable caricaturiste, qui ne respecte même pas les dieux. En voici un autre qui ne respectait pas les reines :

Clésidès, ajoute Pline, est connu par un tableau injurieux pour la reine Stratonice : cette princesse ne lui ayant pas fait une réception honorable, il la peignit se roulant avec un pécheur qui passait pour être son amant : il exposa son tableau dans le port d'Éphèse et s'enfuit à toutes voiles. T.a reine ne voulut pas qu'on enlevât le tableau, à cause de la ressemblance extrême des portraits.

On ne voit pas communément des souvei^ains qui pardonnent si aisément de telles critiques de leur personne! — C'est de la licence, dira-t-on. — Sans cette licence compterait-on un Aristophane? La postérité a-t-elle gagné quelque chose à conserver dans ses bibliothèques les œuvres d'Aristophane ? Une pareille question ne saurait faire doute.

On a vu, sous la seconde République, les regret-' leurs du passé se consoler d'une forme imprévue de gouvernement, au spectacle de vaudevilles aristophanesques, où les hommes au pouvoir étaient représentés dans leurs actes comme dans leurs personnalités.

Oui a montré, dans ces moments de trouble, où

conduisaient les doctrines d'un Proudhon ? Un vaudevilliste.

La tranquillité de l'Angleterre ne me semble pas menacée par le libie crayon de ses caricaturistes.

L'Eglise craignait-elle, au moyen Age, les satires contre les moines que certains tailleurs de pierre inscrivaient en bas-reliefs ineffaçables sur les murs des cathédrales? L'Église se sentait forte, et on peut juger de la force d'un gouvernement par la liberté laissée aux caricaturistes.

ilii^qiio il'aprcs une cornaline antique.

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