Pompéi, 3 vol. gr. in-folio. !S-2.S-I8ry,), lipiiin
oiseaux faisaient partie de l'atelier, et l'artiste se délassait de ses rapports avec les fâcheux (ceux qui je payaient), en regardant s'ébattre et folâtrer des animaux alertes, sans cesse en mouvement, point bavards, et plus naturels que les gens gourmés qui, pour se donner une pose triomphante, font le désespoir des peintres de portraits de tous les temps.
D'après Guillaume Z;iliii.
PAnODIE D ENEE ET ANf-IIISE.
La caricature n'est pas seulement Texpressiou du sentiment du peintre emporté par une imaginalion humoristique. Quoique enveloppée de mystères, elle laisse, comme dans le cas présent, des exemples de personnalités précises, sur lesquelles les savants modernes sont d'un commun accord. L'auteur du texte du livre Pittore cCErcolano, Millin, Panofka donnent tous le dessin suivant comme une caricature d'Enée, d'Anchise et d'Ascagne fuyant.
Cette particularité, dit Panofka*, que les exemples cités datent tous de l'empire macédonien, peut inspirer l'idée que ce genre d'art ne s'est développé chez les Grecs qu'à cette époque, idée que les caricatures les plus connues jusqu'ici sem])lent justifier, parce que nous les rencontrons sur les murs de Pompéi. L'une d'elles montre Enée fuyant avec son père Anchisc sur l'épaule et le petit Ascagne à l'autre main; au lieu de trois Troyens, nous voyons l'action symbolisée par trois chiens.
I Parodien und Karikaturen, in-i , Berlin, ISôl
r L' l T i: D L .N E c Fresque ilérniivciic à Gi'agnano en 1700.
Du Musée de Florence.
Dans ces recherches de dates, je laisse les affirmations à de plus savants que moi. De quelle époque date la caricature d'Énée et d'Anchise? Panofka le fait entrevoir. Il est certain que le peintre a donné, non sans motif, trois têtes de bêtes à des personnages à corps humain, et on voit, d'après le dessin ci-dessus, que les anciens n'ont rien à redouter de la comparaison avec les artistes satiriques modernes qui ont posé des têtes d'animaux sur le corps d'hommes du xix* siècle, pour témoigner sans doute combien leurs passions et leurs vices les rapprochent de la bêle.
Pourquoi Énée est-il le seul à jambes d'homme? Ascagne et Anchise ont des pattes d'animaux.
Pourquoi Énée et Anchise ont-ils de longs phallus, que la gravure n'a pu reproduire?
Questions auxquelles il est difficile de répondre. •
Suivant un érudit, Énée fut représenté en singe pour rendre plus précise une injure littéraire.
Les anciens, dit-il, avaient du goût pour ces grotesques qu'ils appelaient cercopitheci, singes à longues queues, et cynocephuU, singes à tètes de chiens. On sait par Suétone {Calig., 3i) et Macrobe {Saliirn., V, 13, 17,22) que les cri- j tiques de Rome épluchèrent les fautes, les négligences de j Y Enéide, et reprochèrent à Virgile son imitation d'Homère, comme Homère lui-même avait été parodié au théâtre par Cratinus dans son O^v^jifôç.
Suivant le même commentateur, ces hommes à
tête de singe représentaient surtout le caractère simiesque de l'œuvre de Virgile. Singe était une injure littéraire en faveur à Rome. Pline dit que Rusticus fut appelé le singe des stoïques; Tatianus fut également traité de singe ; Yirgile était donc le singe d'Homère.
La fresque représentant la fuite d'Enée suit pas à pas le texte de V Enéide, et peut servir aV illustration caricaturale au poëme.
Ascagne est représenté, ainsi que l'indique Yirgile, saisissant la main de son père :
Dextrae se parvus lulus
Implicuit
L'enfant a peine à marcher dupas rapide d'Enée, si on en juge par sa chlamyde volant au vent :
Sequiturque patrem non passibus geqiiis.
Anchise tient des deux mains la précieuse boîte qui contient les dieux Pénates :
Tu, genitor, cape sacra manu patriosque Pénates.
Anchise est soucieux, Ascagne a peine à suivre son père; mais Énée, s'efforçant de garder son sangfroid pour rassurer ses compagnons, tourne la tête en arrière, cherchant s'il ne voit pas sa fidèle Creuse. Ici le texte de Yirgile se prête encore à Tinterprétation de la fresque :
68 HISTOir, E
Et me, queni duduui non ulla injecta mdvcbant Tela, neque adverse glomerati ex agmine Graii, Nune omnes Lorreiit aurae, sonus excitât omnis Suspensum, et pariter comitiqne onerique limentem.
Suivant de Paw, « les Grecs peignaient ordinairement d'après Homère, et les Romains d'après Virgile. Le quatrième livre de VÉnéide, qui était le plus généralement lu à cause des aventures de Didon et d'Énée, était aussi le plus généralement représenté dans les tableaux, les bas-reliefs, les tapisseries. Ce sujet-là, dit Macrobe {Saturn., liv. V, ch. xvii), est enlin devenu le sujet dominant qui avait fait oublier les autres. Les peintres ne se lassaient pas de le répéter, parce que les spectateurs ne se lassaient pas de le voir : on l'a retrouvé plus d'une fois dans les ruines d'Herculanum... Ovide dit positivement qu'aucune partie de VÉnéide n'était autant lue chez les Romains que le quatrième livret »
Une autre hypothèse m'est suggérée par la collection des pierres antiques de Florence'; peutêtre la fresque satirique de la fuite d'Énée fut-elle dirigée contre les graveurs en pierres fines de l'antiquité?
On voit au musée de Médicis, à Florence, deux pierres gravées, sardoine et onyx qui, à quelques